Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a réaffirmé ce week-end la volonté de son pays de ne pas être entraîné dans les rivalités entre puissances mondiales. S’exprimant lors du défilé marquant la Journée nationale des forces de défense, il a rappelé que l’Afrique du Sud entendait poursuivre une voie souveraine, refusant ainsi de prendre parti dans un contexte international marqué par les tensions croissantes entre blocs.
Intervenant en sa qualité de commandant en chef des Forces de défense nationale sud-africaines, Ramaphosa a profité de cette tribune pour souligner l’unité et la diversité de son armée, qu’il présente comme le miroir d’une nation arc-en-ciel. Mais au-delà de cette célébration de l’institution militaire, son discours a pris une dimension géopolitique claire. En insistant sur l’importance de défendre les valeurs de la constitution et les droits fondamentaux, il a implicitement fixé les limites de l’engagement international du pays : agir en fonction de ses propres intérêts et principes, et non par allégeance à une puissance étrangère.
Cette déclaration s’inscrit dans un contexte délicat pour Pretoria, dont la position de non-alignement est régulièrement mise à l’épreuve. Membre influent des BRICS, l’Afrique du Sud entretient des liens historiques avec la Russie et des relations économiques cruciales avec la Chine et les États-Unis. Ces dernières années, cette position a été source de frictions diplomatiques, notamment avec les Occidentaux au sujet du conflit en Ukraine, accusant Pretoria d’une proximité trop grande avec Moscou. Le discours de Ramaphosa apparaît donc comme une réponse claire à ces pressions, réitérant une doctrine de politique étrangère fondée sur la non-ingérence.
L’avenir immédiat de la défense sud-africaine se joue toutefois sur un autre terrain, celui de la modernisation. Le président a lui-même souligné le défi auquel l’armée est confrontée : s’adapter à un champ de bataille en pleine mutation, dominé par les drones, la guerre numérique et l’intelligence artificielle. Cette nécessité impérieuse de rester agile contraste avec la dure réalité de ressources budgétaires limitées. La modernisation technologique des forces armées, cruciale pour la souveraineté du pays, devra donc se faire sous une contrainte financière forte, posant la question des choix stratégiques à opérer.
Le choix de la date pour ce message de souveraineté n’est pas anodin. Depuis 2017, la Journée des forces armées coïncide avec l’hommage rendu aux victimes du naufrage du SS Mendi en 1917. En reliant la mémoire de ce sacrifice fondateur, où des centaines de soldats noirs sud-africains ont péri loin de leur terre, à l’impératif actuel de non-alignement, le message présidentiel gagne en épaisseur historique. Il ancre la défense de la souveraineté non seulement dans une doctrine politique contemporaine, mais aussi dans le souvenir des sacrifices consentis pour la nation. Cette dimension mémorielle renforce le récit d’une Afrique du Sud décidée à tracer sa propre voie, sans être une simple variable d’ajustement des ambitions des autres.



