Un nouveau cycle de négociations entre le gouvernement congolais et l’Alliance du Fleuve Congo / Mouvement du 23 mars (AFC/M23) s’ouvre en Suisse, à Genève, pour la première fois. Ce neuvième round intervient alors que les combats se poursuivent dans l’Est de la RDC, sans trêve significative sur le terrain. L’enjeu est clair : tenter de relancer un dialogue au point mort, sous une médiation américaine renforcée.
Côté rébellion, la délégation est conduite par Benjamin Mbonimpa, secrétaire général de l’AFC/M23, tandis que le négociateur en chef reste René Abandi. Les délégués viennent de Goma, mais aussi des États‑Unis et d’autres pays. Face à eux, la partie gouvernementale est dirigée par Sumbu Sita Mambu, haut représentant du chef de l’État congolais. Une évolution majeure marque ce round : les États‑Unis ne sont plus simples observateurs, comme à Doha, mais interviennent désormais comme facilitateurs. La Monusco participe en tant qu’observateur, tandis que les Qataris, absents physiquement, assureront une liaison par visioconférence.
Ce nouveau round s’inscrit dans une série de pourparlers entamés il y a plusieurs mois, sans qu’aucune avancée décisive n’ait jusqu’ici permis de désamorcer le conflit. L’AFC/M23, qui contrôle toujours des territoires stratégiques dans les provinces du Nord‑Kivu et de l’Ituri, est considéré par Kinshasa comme une rébellion soutenue par le Rwanda, ce que Kigali a toujours démenti. Malgré les accords de cessez‑le‑feu théoriques et les pressions diplomatiques régionales, les violences contre les civils se sont intensifiées, et le dialogue politique n’a jamais vraiment pris racine.
L’issue de ces discussions reste très incertaine. La présence américaine comme facilitateur change la donne diplomatique, mais ne garantit pas un accord. Washington cherche à éviter un embrasement régional qui menacerait ses intérêts stratégiques, notamment dans la compétition avec la Chine et le Rwanda, allié de longue date. Toutefois, aucun signal fort ne laisse présager d’une rupture du soutien extérieur à la rébellion. Si ce neuvième round échoue, la voie militaire reprendra son cours naturel, avec le risque d’un élargissement du conflit vers Goma et Bukavu.
La Suisse joue ici un rôle central mais discret. Selon nos informations, c’est le Département fédéral des Affaires étrangères qui a envoyé les invitations et facilité les déplacements des délégations. Genève, terre de médiations internationales, offre un cadre neutre et sécurisé. Pourtant, Berne n’affiche aucune ambition politique dans ce dossier : son intervention est essentiellement logistique, un choix assumé pour ne pas alourdir une équation déjà explosive. Le lieu exact des réunions reste confidentiel, une précaution classique face aux risques de fuites ou de pressions extérieures.
En décalage complet avec la tenue de ces pourparlers, les violences sur le terrain ne faiblissent pas. Des sources locales font état de combats quotidiens entre l’AFC/M23 et les groupes armés dits loyalistes, ainsi que des frappes d’artillerie dans des zones civiles. La population, prise en étau, paie le prix fort : déplacements massifs, exécutions sommaires, recrutement forcé. Ce contraste entre le vernis diplomatique genevois et la réalité du sang versé pose une question brutale : à quoi sert un neuvième round si les belligérants continuent de se battre pendant qu’ils négocient ?



