Le président rwandais, Paul Kagame, a livré une lecture sans concession de la crise avec la République démocratique du Congo (RDC), lors d’une conférence de presse tenue jeudi. Il a dressé un réquisitoire sévère contre Kinshasa, l’accusant de mauvaise foi et de multiplier les conditions préalables, tout en justifiant la posture du groupe armé M23. Son intervention souligne l’ampleur du fossé diplomatique entre les deux pays et laisse entrevoir une prolongation du conflit.
Kagame a détaillé ses griefs, pointant une contradiction fondamentale dans la position congolaise. Il affirme qu’un séquencement pour une rencontre avec son homologue Félix Tshisekedi avait été acté à Washington, avant que Kinshasa n’y ajoute de nouvelles conditions, notamment le retrait des troupes rwandaises du sol congolais. Sur la question de l’aéroport de Goma, dont la réouverture était annoncée comme imminente il y a un mois, le président rwandais souligne que l’espace aérien de l’Est de la RDC reste officiellement fermé par les autorités congolaises, rendant l’annonce inopérante.
Cette crise s’inscrit dans une relation bilatérale marquée par des décennies de méfiance et de conflits par procuration. Le Rwanda justifie régulièrement ses interventions sécurières par la présence des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe rebelle hutu opérant dans l’Est de la RDC et incluant des éléments associés au génocide de 1994. De son côté, la RDC et la communauté internationale accusent Kigali de soutenir le M23 pour étendre son influence et contrôler les richesses minières de la région. Les multiples processus de paix, de Luanda à Nairobi en passant par Washington, ont buté sur cette défiance structurelle.
Les perspectives de désescalade à court terme apparaissent minces. La réouverture de l’aéroport de Goma, présentée initialement comme une urgence humanitaire, est devenue un enjeu de souveraineté et un levier politique. Le M23, suivant une logique proche de celle exposée par Kagame, conditionne désormais toute concession à des gains politiques et économiques, comme le retour des institutions bancaires dans ses zones de contrôle. Cette évolution laisse présager une pérennisation de l’administration du groupe rebelle sur des portions du territoire congolais, compliquant davantage toute résolution négociée.
L’analyse de Paul Kagame concernant les FDLR est particulièrement révélatrice de sa stratégie de communication. En dénonçant avec force l’intégration de ce groupe au sein de l’armée congolaise (FARDC) et son implication dans l’exploitation minière illégale, il tente de renverser le narratif et de présenter le Rwanda comme la victime d’une menace sécuritaire persistante. Ses accusations visant des circuits miniers pouvant aboutir en Europe constituent un message adressé aux capitales occidentales, les appelant à assumer ce qu’il perçoit comme leur responsabilité historique dans l’instabilité régionale.
La réaction du gouvernement congolais, par la voix de son porte-parole Patrick Muyaya, ne s’est pas fait attendre. Elle accuse Kagame de « revendiquer les actions du M23 » et de faire preuve de « négationnisme » sur la crise humanitaire. Cet échange virulent confirme que le dialogue est au point mort. La rhétorique employée de part et d’autre, où la paix est présentée non comme un objectif commun mais comme une faveur que l’un ne doit pas à l’autre, selon les propres termes de Kagame, illustre l’effondrement de la confiance et laisse peu d’espoir pour une rencontre au sommet dans un avenir proche. La situation semble engagée dans un cycle infernal où chaque initiative diplomatique est immédiatement sapée par des accusations réciproques et la recherche d’un avantage tactique sur le terrain.



