Le recensement général de la population et du logement prévu pour 2026 au Lesotho n’a pas pu démarrer simultanément sur l’ensemble du territoire, comme initialement annoncé. Seuls quatre districts sur dix ont effectivement lancé les opérations de dénombrement, selon le Bureau national des statistiques.
Le lancement national, fixé au 12 avril, a été perturbé par la publication tardive des listes définitives des agents recenseurs, survenue le 10 avril seulement. Dans les faits, seuls les districts de Berea, Quthing, Qacha’s Nek et Botha-Bothe ont entamé le travail de terrain. Pour les six autres districts, la formation des agents ne débutera que le lundi suivant, repoussant mécaniquement le début des opérations. Le directeur du Bureau, Malehloa Molato, a reconnu publiquement ces décalages dans les médias d’État sans en minimiser les conséquences.
Organisé tous les dix ans, ce recensement est un exercice statistique fondamental pour le Lesotho, petit royaume montagneux de 2,2 millions d’habitants entièrement enclavé dans l’Afrique du Sud. Il fournit les données indispensables à la planification nationale, à l’élaboration des budgets et à l’évaluation des politiques publiques. Les retards logistiques de cette édition rappellent les faiblesses structurelles des administrations statistiques en Afrique australe, souvent sous dotées en ressources humaines et en moyens de coordination. L’annonce d’un démarrage simultané, non tenue, illustre un décalage récurrent entre les ambitions affichées et les capacités réelles sur le terrain.
Le Bureau des statistiques affirme travailler à réduire ces retards pour que l’ensemble des districts puissent commencer les opérations dès la fin des formations. Rien n’indique pour l’heure que le calendrier global du recensement en sera profondément modifié. Mais l’histoire des opérations de ce type enseigne qu’un démarrage déséquilibré crée des biais de couverture : les zones déjà dénombrées et celles qui attendent peuvent connaître des variations migratoires saisonnières, altérant la comparabilité des données. Les autorités devront publier des facteurs de correction, sous peine de produire des statistiques fragiles pour la décennie à venir.
Ce recensement vise à collecter des données actualisées sur la population, les conditions de vie des ménages, les mouvements migratoires ainsi que divers indicateurs socio économiques. Autant d’informations sensibles dans un pays où l’émigration vers l’Afrique du Sud est massive et où l’épidémie de VIH a longtemps faussé les pyramides des âges. Un recensement raté ou partial priverait le Lesotho d’outils fiables pour négocier ses accords bilatéraux avec Pretoria, notamment sur les transferts de main d’œuvre et les droits des travailleurs frontaliers.
La publication tardive des listes le 10 avril, à deux jours seulement du lancement théorique, trahit un problème de gestion prévisionnelle plus qu’un simple aléas logistique. Dans un petit pays où les distances restent modestes et où l’administration centrale contrôle les districts, ce type de retard relève davantage d’un défaut de pilotage que d’une contrainte géographique insurmontable. Les acteurs du développement, qui financent souvent ces opérations, suivront de près la capacité du Bureau national des statistiques à rattraper son retard. Car c’est bien de crédibilité qu’il s’agit : à force de décalages, un recensement décennal peut perdre sa valeur politique et technique.



