Le 25 mars, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution historique, portée par le Ghana, qualifiant la traite transatlantique des Africains réduits en esclavage de « pire crime contre l’humanité ». Si le texte a recueilli 123 voix favorables, l’absence remarquée du Bénin lors du vote a suscité l’incompréhension, voire l’embarras, dans un pays dont le président a fait de la mémoire de l’esclavage un axe central de son action politique. Face aux critiques, le ministre béninois des Affaires étrangères a dû s’expliquer, invoquant un « dysfonctionnement administratif ».
Intervenu le 30 mars devant la presse, le ministre Olushegun Adjadi Bakari a tenu à dissiper toute ambiguïté. Selon lui, le représentant permanent du Bénin à l’ONU n’avait tout simplement pas reçu à temps les instructions formelles pour prendre part au scrutin. Une défaillance de transmission que le chef de la diplomatie attribue à un dysfonctionnement interne. Il a toutefois précisé que, conformément aux procédures onusiennes, le vote du Bénin a pu être enregistré a posteriori par le Secrétariat général, confirmant ainsi un soutien sans faille à la résolution.
L’absence du Bénin est d’autant plus frappante qu’elle intervient dans un pays qui s’est imposé comme un acteur majeur du devoir de mémoire. Le président Patrice Talon a fait de la reconnaissance des traumatismes liés à la traite négrière un pilier de son quinquennat, avec des réalisations emblématiques comme la construction de la Route de l’Esclave à Ouidah, haut lieu de la mémoire. Le Bénin, terre de départ de milliers d’Africains déportés vers les Amériques, se devait donc d’être présent physiquement aux côtés du Ghana, initiateur du texte, pour sceller ce qu’il est convenu d’appeler une victoire diplomatique du continent.
Cette polémique, bien que circonscrite à un incident technique, pose la question plus large de la coordination des capitales africaines avec leurs représentations diplomatiques sur des sujets de premier ordre symbolique. Alors que l’Union africaine salue une « décision historique », les États membres sont désormais attendus sur la mise en œuvre concrète de cette reconnaissance juridique. La résolution ouvre la voie à des revendications mémorielles plus poussées, notamment en matière de restitution du patrimoine culturel ou de réparations. Le Bénin, qui s’est engagé dans cette voie, devra s’assurer que ses relais à New York soient désormais imperméables aux défaillances.
Le ministre Adjadi Bakari a tenu à rappeler que l’implication du Bénin ne se limitait pas au vote. « Nous avons pris part aux travaux de rédaction avec la République sœur du Ghana et d’autres pays du continent », a-t-il insisté, soulignant que le parrainage du texte par Cotonou témoignait d’une « position de principe qui ne peut souffrir d’aucune forme d’interprétation ». En filigrane, cette précision visait à contrer toute lecture politique malveillante qui verrait dans cette absence un désalignement diplomatique.
Au-delà de la polémique administrative, cette affaire met en lumière la sensibilité exacerbée des nations africaines sur le sujet de la mémoire. Alors que la résolution onusienne consacre la traite comme un crime sans précédent, les pays du Golfe de Guinée, premiers touchés par l’hémorragie humaine, sont en première ligne. Le chef de la diplomatie béninoise a martelé que « la mémoire de la traite transatlantique ne tombe pas dans les banalités de l’histoire », une formule qui rappelle que pour ces États, la reconnaissance juridique n’est que le prélude à un travail plus profond de transmission et de réparation.



