Le Parlement camerounais, réuni en Congrès ce samedi 4 avril 2026, a adopté une révision constitutionnelle instaurant le poste de vice président de la République. Par 200 voix pour, 18 contre et 4 bulletins nuls, l’Assemblée nationale et le Sénat ont validé la création d’une fonction clé dans le dispositif de succession présidentielle. Un vote expéditif, bouclé en moins de trente minutes, qui marque un tournant institutionnel majeur pour le pays.
Le scrutin, organisé à bulletins verts pour le « oui » et rouges pour le « non », a consacré un large soutien au projet gouvernemental. Pourtant, les débats ont été tendus. L’opposition a dénoncé un texte taillé sur mesure pour verrouiller l’avenir politique du pays. La députée du PCRN, Ngo Issi, a parlé d’une « clôture définitive de l’espace démocratique ». Jean Michel Nintcheu, autre élu de l’opposition, a fustigé la « discipline de parti » utilisée pour imposer ce qu’il qualifie de « forfaiture ». En face, la majorité RDPC, par la voix de Roger Nkodo Ndang, a justifié la révision par sa conformité avec la Constitution et les conventions de l’Union africaine.
Cette révision s’inscrit dans une longue tradition de modifications constitutionnelles instrumentalisées par le pouvoir en place. Depuis l’alternance de 1982, le Cameroun a connu plusieurs réformes majeures : suppression de la limite des mandats présidentiels en 2008, réduction de l’âge du candidat à la magistrature suprême. Chaque étape a renforcé les prérogatives du chef de l’État et réduit les contrepoids institutionnels. Aujourd’hui, l’introduction d’un vice président, dont les contours précis restent flous, apparaît comme une nouvelle pièce à un édifice où la succession présidentielle est devenue une question aussi centrale que sensible.
Les implications de cette réforme sont lourdes. À court terme, le poste de vice président pourrait être pourvu rapidement, probablement par un proche du chef de l’État, renforçant ainsi une logique de continuité dynastique ou clanique. À moyen terme, c’est tout l’équilibre des pouvoirs qui se trouve modifié : le vice président serait appelé à diriger le pays en cas de vacance du pouvoir, court circuitant de fait la hiérarchie gouvernementale et présidentielle actuelle. L’opposition craint que ce mécanisme ne transforme la succession en affaire de palais, sans débat démocratique ni contrôle citoyen.
Le doyen d’âge du Sénat, Ze Nguele, a mis en garde le Congrès : « On ne peut pas rendre cette fonction corvéable à merci si elle est appelée à diriger les Camerounais. » Une remarque qui soulève la question centrale des garde fous juridiques. À ce stade, le texte reste évasif sur les modalités concrètes de désignation et de révocation du vice président. De son côté, le ministre de la Justice, Laurent Esso, a renvoyé les critiques à plus tard, affirmant que « les problèmes soulevés peuvent être débattus plus tard et faire l’objet d’une proposition de loi ». Une déclaration qui, pour ses détracteurs, acte la méthode du pouvoir : voter d’abord, discuter ensuite.
En définitive, ce vote n’est pas une surprise, mais un jalon de plus dans la stratégie de verrouillage institutionnel du régime camerounais. L’opposition a certes fait entendre sa voix, mais sans capacité d’influencer le résultat. La majorité a joué la montre et la discipline. Reste à savoir si cette réforme, présentée comme une avancée institutionnelle, ne deviendra pas, dans les faits, un outil supplémentaire de concentration des pouvoirs. Les Camerounais, eux, regardent désormais du côté du prochain acte : qui sera ce vice président, et à quelles conditions pourra t il un jour prétendre diriger le pays.



