Les États-Unis ont officiellement confirmé, lundi 9 février 2026, avoir facilité et participé à des consultations multilatérales de haut niveau à Madrid. Ces discussions, qui ont réuni le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie sous l’égide de l’ONU, marquent une implication directe et opérationnelle de Washington dans le processus de règlement du différend du Sahara occidental.
Selon la déclaration de la mission américaine auprès des Nations unies, publiée sur la plateforme X, l’objectif de ces rencontres était la mise en œuvre de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée le 31 octobre 2025. La délégation américaine était conduite par l’envoyé spécial du président Donald Trump pour l’Afrique du Nord, Massad Boulos, et le chef de la mission à l’ONU, Mike Waltz. Un élément technique majeur de ces discussions, rapporté par plusieurs médias, serait la reconnaissance par toutes les parties, y compris l’Algérie, d’un document de travail fondé sur le plan d’autonomie marocain comme unique base des négociations techniques.
Ce direct américain s’inscrit dans une évolution diplomatique graduelle. Historiquement, Washington a oscillé entre un soutien traditionnel à l’allié marocain et un rôle plus discret derrière l’ONU. La résolution 2797 a constitué un pivot en réaffirmant le rôle prééminent de l’ONU tout en qualifiant le plan d’autonomie marocain de “sérieux, crédible et réaliste”, en faisant ainsi la base officielle des négociations. Cette position, longtemps défendue par le Maroc, a été renforcée par la reconnaissance de sa souveraineté sur le territoire par l’administration Trump en décembre 2020, une décision que l’actuelle administration n’a pas remise en cause.
Les perspectives immédiates se concentrent sur la traduction opérationnelle de ces discussions techniques de Madrid. La pression sera forte pour que ces échanges débouchent sur des rounds de négociations plus formels, toujours sous la houlette de l’envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU. Le mandat de la MINURSO, prorogé jusqu’au 31 octobre 2026 par la même résolution, fixe un horizon temporel. L’enjeu pour Washington sera de maintenir une dynamique inclusive sans aliéner le Maroc, tout en gérant les réticences prévisibles du Polisario et de l’Algérie face à un processus ancré sur le plan d’autonomie.
L’une des avancées subtiles mais significatives de ces consultations réside dans le statut accordé à l’Algérie. Les médias rapportent que les États-Unis ont obtenu qu’Alger participe à la table des discussions en tant qu’acteur à part entière, et non plus en tant qu’observateur comme elle le revendiquait souvent par le passé. Cette élévation formelle du statut s’accompagne cependant d’une contrepartie exigeante : l’acceptation du cadre technique dicté par la résolution onusienne, centré sur le plan marocain. Cela place l’Algérie dans une position diplomatique délicate, entre son rôle de soutien historique au Polisario et sa responsabilité directe dans un processus dont elle ne contrôle plus les paramètres de référence.
Pour les observateurs de ce dossier complexe, l’annonce américaine consacre une transition majeure. Washington est passé d’un rôle de soutien politique en coulisses, principalement via son influence au Conseil de sécurité, à celui d’un facilitateur actif et assumé sur le terrain diplomatique. Cette implication directe accroît son levier mais aussi ses responsabilités. Elle engage plus profondément la crédibilité des États-Unis dans la recherche d’une issue à ce conflit gelé, tout en reflétant une volonté de structurer l’ordre régional en Afrique du Nord selon des intérêts et une vision stratégique propres. La suite dépendra de la capacité de la diplomatie américaine à maintenir l’engagement de toutes les parties autour d’une table dont les fondations ont été clairement redéfinies à son avantage et à celui de son allié marocain.



