Les États-Unis sont sur le point de renouer avec le Mali sur le terrain sécuritaire. Un an après leur expulsion du Niger, les autorités américaines négocient un accord avec la junte de Bamako pour reprendre les vols de surveillance par drones et aéronefs au-dessus du territoire malien. L’objectif affiché est de suivre de près les mouvements des groupes jihadistes, en particulier le JNIM, dont la menace ne cesse de s’étendre aux pays voisins.
Cette reprise des activités de renseignement constituerait un tournant stratégique pour Washington, privé depuis plusieurs mois de ses bases avancées dans la région. Le survol du Mali permettrait de combler un déficit crucial de renseignement sur les sanctuaires jihadistes, mais aussi, selon certaines sources, de localiser un pilote américain retenu en otage par le JNIM. L’enlèvement de ce ressortissant, capturé au Niger, serait un élément catalyseur dans la reprise des discussions.
Dans le cadre du dialogue politique régulier, j’ai reçu en audience, ce lundi 02 février 2026, Monsieur Nick Checker, Haut Fonctionnaire au Bureau des Affaires africaines du Département d'État des États Unis, en présence de Madame l’Ambassadeur des États Unis au Mali.
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— Amb. Abdoulaye Diop (@AbdoulayeDiop8) February 2, 2026
Le rapprochement a été amorcé concrètement fin février, avec la levée des sanctions américaines qui frappaient le ministre malien de la Défense et plusieurs hauts responsables. Ceux-ci étaient accusés d’avoir facilité l’arrivée des mercenaires russes de Wagner. Bamako a immédiatement salué une décision allant dans le sens du « respect de la souveraineté nationale ». Une visite de l’envoyé spécial américain pour l’Afrique à Bamako, destinée à « tracer une nouvelle voie », a confirmé cette dynamique de réchauffement diplomatique.
L’évolution de la position américaine s’inscrit dans un Sahel profondément recomposé. L’administration Trump a mis de côté la politique de conditionnalité démocratique de ses prédécesseurs, un discours qui n’avait plus de prise sur les régimes militaires de la région. Pour Washington, il s’agit désormais de préserver ses intérêts sécuritaires face à la menace jihadiste, quitte à traiter avec des putschistes, un réalisme bien perçu à Bamako, Niamey et Ouagadougou.
Cependant, ce retour en grâce reste fragile. Les nouvelles autorités sahéliennes, méfiantes, ont instauré un régime de réciprocité avec les États-Unis sur les restrictions de visas. Ce mécanisme, instauré par l’Alliance des États du Sahel (AES), illustre la nouvelle donne : Washington ne dicte plus ses conditions. Pour renouer un partenariat durable, il devra composer avec des États qui ont appris à jouer des rivalités entre puissances et qui entendent imposer leur souveraineté.
Sur le plan régional, ce repositionnement américain pourrait redistribuer les cartes de la lutte antiterroriste. Si l’accord aboutit, les États-Unis retrouveraient un rôle dans une zone où l’influence russe, via Wagner, s’est solidement implantée. Il ne s’agit pas d’un retour des troupes au sol, mais d’une coopération technique qui, à terme, pourrait servir les intérêts de Bamako, en lui offrant un double jeu entre partenaires russe et américain, sans pour autant résoudre l’équation sécuritaire complexe qui mine la région.



