Yoweri Museveni entame un septième mandat présidentiel. La commission électorale ougandaise a proclamé sa victoire avec 71% des voix, un score qui rappelle ses triomphes des années 1990. Ce résultat, immédiatement rejeté par l’opposition, permet au chef de l’État, au pouvoir sans interruption depuis 1986, de prolonger son règne à l’âge de 81 ans.
Le président sortant a célébré cette victoire dans son fief de Rwakitura, y voyant le retour de « l’unité maximale » des débuts de son Mouvement de résistance nationale (NRM). Cependant, cette lecture est unanimement contestée par l’opposition, dont le candidat principal, Bobi Wine, a dénoncé une « mascarade » électorale avant même l’annonce officielle. Museveni a répliqué en accusant ses détracteurs d’incitation à la violence, les menaçant d’arrestation s’ils persistent.
Ce scrutin s’inscrit dans une trajectoire politique figée depuis quatre décennies. Yoweri Museveni, arrivé au pouvoir par les armes, a progressivement verrouillé les institutions et l’espace démocratique. Les élections sont régulièrement émaillées de critiques concernant l’équité du processus, le harcèlement des opposants et le contrôle des médias. La promesse initiale de renouveau démocratique des années 1980 a cédé la place à un système marqué par le clientélisme, la longévité au sommet et une répression croissante de toute dissidence.
Les perspectives sont celles d’une tension durable. D’un côté, le régime, fort de sa victoire légale et de sa maîtrise de l’appareil sécuritaire, ne montre aucun signe d’ouverture. De l’autre, une société civile et une jeunesse de plus en plus nombreuses et connectées expriment un rejet profond du statu quo. La question n’est pas de savoir si la pression pour le changement va croître, mais comment le pouvoir y répondra : par une répression accrue ou par une timide inclusion. La stabilité à court terme pourrait se payer au prix d’une explosivité sociale à moyen terme.
Le cœur du débat se niche dans le fossé générationnel abyssal. Avec plus de 70% de la population âgée de moins de 30 ans, l’Ouganda est l’un des pays les plus jeunes du monde. Pour des jeunes comme Judith Nalukwago, 28 ans, membre du Parti de l’unité nationale (NUP) de Bobi Wine, Museveni est une figure anachronique. « Ce n’est pas un président pour ma génération, ses priorités datent de 1986 », affirme-t-elle, résumant un sentiment largement partagé qui transforme l’élection en conflit existentiel entre un passé glorifié et un avenir incertain.
Cette frustration se double d’une crise socio-économique aiguë. Le chômage massif des diplômés, symbolisé par des universitaires contraints à des petits métiers, alimente le ressentiment. Le jeune député Robert Maseruka, 25 ans, fustige le slogan de campagne de Museveni, « Protéger les acquis » : « Cela montre bien qu’il est coincé dans le passé ! ». Face à ce désenchantement, les soutiens du président, comme Israel Kyarisiima, coordinateur du mouvement de la Gen Z pour Museveni, défendent un pragmatisme fondé sur l’expérience et la continuité, arguant que le président reste le mieux placé pour tracer l’avenir du pays.
Au-delà des déclarations, le climat post-électoral reste marqué par la crainte. Le NUP dénonce des arrestations arbitraires et des intimidations. Bobi Wine affirme être en fuite, ce que la police nie. Ce contexte rappelle que la contestation se heurte à un appareil sécuritaire omniprésent et sans état d’âme. La communauté internationale, traditionnellement discrète sur l’Ouganda pour des raisons géostratégiques, observe cette nouvelle séquence sans mobilisation forte, laissant la scène politique ougandaise face à ses propres contradictions : une légitimité de scrutin contestée et une jeunesse dont l’immense attente ne trouve plus d’écho dans les urnes.



