A trending video circulating on social media has sparked national debate following the emergence of a group identifying itself as the National Fula Security of Liberia (NFSL).
The formation of the group has caused widespread controversy.Read more: https://t.co/3ziyz6jVc2 pic.twitter.com/8q9tyMwqkh
— FrontPageAfrica (@FPAfrica) February 16, 2026
La classe politique libérienne est en ébullition. Ce lundi 23 février, le ministre de la Justice, le patron de l’Agence nationale de sécurité et le chef de la police sont convoqués d’urgence devant la Chambre des représentants. L’objet de cette audition : faire la lumière sur l’émergence d’un groupe d’autodéfense répondant au nom de « National Fula Security of Liberia ». Une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux montre ses membres, en tenues militaires et alignés au garde-à-vous, éveillant le spectre d’une dérive sécuritaire à connotation ethnique dans un pays où les cicatrices des guerres civiles restent à vif.
Les images, largement relayées dans la presse locale, ne laissent personne indifférent. On y voit des hommes, se revendiquant comme une société de sécurité privée, adopter une posture martiale. Si le groupe assure vouloir protéger les fidèles pendant les prières nocturnes du ramadan, l’opinion publique et les autorités y voient plutôt des scènes d’entraînement paramilitaire. Le gouvernement a d’ailleurs rapidement réagi en ordonnant la cessation immédiate de ces activités, par la voix du ministère de la Justice, qui rappelle qu’aucune autorisation n’a été délivrée et que le monopole de la sécurité revient à l’État.
Ce regain de tension ne peut se comprendre sans un retour sur l’histoire récente du Liberia. Marquée par deux guerres civiles dévastatrices entre 1989 et 2003, la société libérienne est structurellement méfiante envers toute milice ethnique. Les conflits passés, qui ont fait des centaines de milliers de morts, se sont en grande partie structurés autour de clivages communautaires. Dès lors, la simple apparition d’un groupe armé, fût-il présenté comme un service de sécurité, portant l’étendard d’une communauté spécifique — en l’occurrence les Peuls — agit comme un déclencheur de peurs ancestrales.
Du côté des responsables peuls, on tente pourtant d’éteindre l’incendie. Joint par RFI, le blogueur Alimu Sow conteste fermement la thèse de la milice. Selon lui, cette initiative existe depuis 2009 et a été créée dans un but purement défensif et temporaire : sécuriser les fidèles durant les prières du ramadan, une période marquée par une recrudescence des vols et agressions. Il affirme que la fameuse vidéo, loin de montrer un camp d’entraînement, a été tournée lors d’un atelier. Une version qui peine à convaincre dans un climat de suspicion extrême, où l’image d’hommes en uniforme rangés en formation militaire parle plus fort que les discours.
Cet épisode met en lumière le fossé grandissant entre la perception sécuritaire de l’État et les initiatives communautaires. Si le gouvernement a fait preuve de fermeté en convoquant les plus hauts responsables de la sécurité, l’affaire soulève une question plus large : celle de la porosité entre sécurité privée et milice, et de la capacité de l’État à protéger toutes ses composantes sans créer de vide sécuritaire que les communautés tenteraient de combler elles-mêmes. Dans ce contexte, la balle est désormais dans le camp du Parlement, dont l’enquête devra déterminer s’il s’agit d’un malentendu ou des prémices d’un dangereux précédent.



