Les relations entre la Guinée et la Sierra Leone connaissent un nouvel épisode de tension. Seize militaires et policiers sierra-léonais ont été arrêtés par les forces de sécurité guinéennes entre dimanche 22 et lundi 23 septembre, dans une zone frontalière contestée. L’incident s’est produit à proximité des districts de Falaba (Sierra Leone) et de Koudaya (Guinée), le long d’une frontière longue de plus de 700 kilomètres.
Les récits des deux capitales divergent sur les circonstances exactes de l’arrestation. Freetown affirme qu’une équipe conjointe de ses forces de sécurité, déployée dans la localité de Kalieyereh pour y construire un poste frontalier, a été appréhendée et emmenée de force en territoire guinéen. De son côté, l’état-major guinéen maintient une version radicalement opposée : ses troupes auraient intercepté seize « éléments militaires » qui avaient pénétré illégalement sur le sol guinéen. Selon Conakry, ces hommes avaient installé une tente et hissé leur drapeau national à environ 1,4 kilomètre à l’intérieur de ses frontières.
Si Freetown assure vouloir résoudre cet incident par la voie diplomatique et « à l’amiable », le ton des autorités guinéennes est plus martial. L’état-major général des armées a ordonné à ses troupes de rester « mobilisées pour la défense et la protection de l’intégrité territoriale ». Cette rhétorique, couplée à la confiscation des armes et des munitions des militaires arrêtés, suggère que Conakry entend traiter cette affaire avec la plus grande fermeté, refusant toute ambiguïté sur sa souveraineté.
Cet accrochage ne peut se comprendre sans le contexte des relations bilatérales, marquées depuis vingt ans par un contentieux frontalier persistant. Le cœur du problème réside dans le statut du village de Yenga, une zone minière stratégique que les deux pays se disputent. En mai dernier, Freetown avait déjà dénoncé une incursion de soldats guinéens dans cette zone sensible. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) avait même dépêché une mission technique sur place en septembre pour tenter d’apaiser les esprits, un signe que l’organisation régionale prenait la mesure du risque d’escalade.
L’incident actuel révèle la fragilité de la situation sécuritaire dans ces zones frontalières poreuses et mal délimitées. L’absence de bornage définitif, couplée à l’enjeu des ressources naturelles dans la région, transforme chaque patrouille ou chaque construction administrative en potentiel casus belli. Pour l’observateur, il est clair que ce différend dépasse le simple incident de procédure. Il illustre la persistance de contentieux hérités des administrations coloniales et la difficulté pour les États ouest-africains à les résoudre durablement. Le sort des seize hommes arrêtés sera le premier indicateur de la capacité de Conakry et Freetown à privilégier le dialogue plutôt que l’escalade.



