Ousmane Sonko a réuni, le week-end dernier, ses troupes pour un double rendez-vous politique : une rencontre avec ses alliés de l’Alliance patriotique pour le travail et l’éthique (Apte), suivie d’un conseil national du Pastef. Mais l’annonce qui marque un tournant est celle du premier congrès du parti, prévu le 6 juin 2026. Onze ans après sa création, le Pastef franchit une étape décisive dans son institutionnalisation, confirmant que le Premier ministre entend structurer durablement son camp en vue des échéances à venir.
Ce congrès, présenté comme une « étape cruciale » par la direction du parti, vise à remobiliser les militants et à élargir la base. Une commission a été mise en place pour superviser la vente et la distribution des cartes d’adhésion, avec un objectif affiché d’un million de membres. La tarification a été fixée à 1 000 francs CFA au Sénégal, 20 euros en Europe et 20 dollars dans le reste du monde. Surtout, le parti introduit un statut de « sympathisant » permettant à des non-militants de le rejoindre, une stratégie d’ouverture destinée à capter un électorat plus large.
Cette montée en puissance du Premier ministre intervient une semaine après que le président Bassirou Diomaye Faye a lui-même réuni sa coalition, Diomaye président, lors d’une assemblée générale. Depuis leur arrivée à la tête de l’exécutif, les deux hommes cultivent des dynamiques parallèles. Si l’alliance politique reste officiellement intacte, chaque camp consolide ses positions de manière autonome, signe que la cohabitation au sommet de l’État s’accompagne désormais d’une structuration concurrente sur le terrain.
Les observateurs y voient les prémices d’une compétition politique qui pourrait s’accentuer à l’approche des échéances électorales. « Chacun consolide ses positions, s’entoure de ses alliés pour dérouler ses ambitions politiques », analyse Ababacar Fall, du Groupe de recherche et d’appui-conseil pour la démocratie participative et la bonne gouvernance (Gradec). Selon lui, la « concurrence politique » entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye est désormais une réalité qui s’exprime sur le terrain, bien que le discours officiel maintienne l’unité.
Ousmane Sonko a par ailleurs profité de ces rencontres pour réaffirmer qu’il n’envisageait pas de démissionner de son poste de Premier ministre, mettant fin aux spéculations sur un éventuel départ anticipé. À court terme, l’enjeu pour le leader du Pastef est double : préparer les élections locales de 2027, qui serviront de test grandeur nature, tout en posant les bases d’une candidature crédible pour la présidentielle de 2029. La création d’une machine électorale solide, capable de rivaliser avec celle du chef de l’État, est désormais lancée.



