La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) tente de relancer son outil militaire le plus ambitieux face à la propagation du terrorisme. La réunion des chefs d’état-major des pays membres s’est ouverte ce mardi à Freetown, en Sierra Leone, avec pour objectif de définir les contours opérationnels de la « Force en attente » de l’organisation. Cette force, dont le but affiché est de lutter contre les groupes jihadistes qui gagnent du terrain vers les pays côtiers, doit prouver sa pertinence dans un contexte de profondes fractures politiques au sein de la sous-région.
L’enjeu principal de ces trois jours de discussions est la concrétisation d’un engagement de longue date. Le général sierra-léonais Amara Idara Bangura, hôte de la rencontre, a cherché à dissiper les doutes en assurant qu’« aucun pays membre […] n’est opposé à la mise sur pied rapide de la Force en attente ». Pour passer des intentions aux actes, chaque délégation doit désormais annoncer le nombre de soldats qu’elle est prête à déployer. L’objectif initial est de mobiliser un premier contingent d’environ 2 000 hommes d’ici la fin de l’année, capable de faire face à la menace immédiate posée par le groupe État islamique au Sahel et les affiliés d’Al-Qaïda.
Cette relance de la force ouest-africaine s’inscrit dans un climat sécuritaire régional dégradé. La progression des groupes jihadistes du Sahel vers le golfe de Guinée est une source d’inquiétude majeure pour des pays comme le Bénin, la Côte d’Ivoire ou le Ghana. Mais elle intervient aussi alors que l’architecture de coopération régionale est ébranlée par le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Ces trois pays, dirigés par des régimes militaires hostiles à Paris et désormais réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont claqué la porte de la Cédéao, créant un vide stratégique et politique au cœur de la zone la plus touchée par le terrorisme.
L’avenir de la lutte antiterroriste en Afrique de l’Ouest dépendra donc en grande partie de la capacité des deux blocs à dialoguer. En marge de la réunion de Freetown, plusieurs participants ont reconnu la nécessité d’une coordination opérationnelle avec les forces des pays de l’AES. Le risque est grand de voir émerger deux réponses parallèles et inefficaces face à un ennemi commun qui, lui, ne connaît pas de frontières. La question de la coopération transfrontalière et du partage de renseignements avec les régimes putschistes est donc devenue un sujet central, bien que délicat.
Parallèlement à l’épineuse question politique de la coopération avec les pays sécessionnistes, un autre défi de taille se pose : le financement. Dans les couloirs de la réunion, des voix s’élèvent pour que les États membres assument pleinement leur autonomie stratégique en cessant de dépendre des bailleurs de fonds externes. La capacité de la Cédéao à financer elle-même son contingent sera le véritable test de sa volonté politique. Sans ressources propres et pérennes, la force en attente risque de rester un vœu pieux, incapable de contrer la progression jihadiste vers les rivages atlantiques.



