Addis-Abebba, nouveau cap pour l’Union Africaine. Le président burundais Évariste Ndayishimiye a officiellement pris, ce samedi à Addis-Abeba, la présidence en exercice de l’Union Africaine (UA). Il succède à l’Angolais João Lourenço, lors d’une cérémonie sobre mais hautement symbolique qui marque le lancement d’un mandat d’un an placé sous le signe des ressources vitales du continent.
Le nouveau président de l’UA hérite d’une feuille de route claire, définie par son prédécesseur. João Lourenço a en effet martelé que la priorité de l’année 2026 serait dédiée à la thématique de l’eau et de l’assainissement, sous le thème « Garantir un approvisionnement durable en eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 ». Il a qualifié cet enjeu d’« impératif moral et politique », appelant à une mobilisation générale des États, du secteur privé et de la société civile pour briser le cycle du sous-développement. En remettant le « sceptre » à son homologue, qu’il a salué comme un « homme d’État doté de hautes qualités », Lourenço a fixé le niveau d’exigence : la mission est « complexe », mais elle est cruciale pour offrir au continent des « perspectives de progrès concret ».
Cette passation de pouvoir intervient dans un contexte géopolitique africain tendu, marqué par la persistance de conflits (Soudan, Sahel, Est de la RDC) et par une fragmentation croissante des alliances. Le choix du thème de l’eau, loin d’être anodin, intervient alors que le changement climatique exacerbe les pénuries et que la compétition pour les ressources hydrauliques transfrontalières (bassins du Nil, du Niger, du Zambèze) s’intensifie. La cérémonie de ce samedi visait donc aussi à rappeler que, au-delà des crises sécuritaires immédiates, les défis structurels du développement et de la dignité humaine restent au cœur du projet panafricain.
Les perspectives pour ce mandat sont immenses et semées d’embûches. Pour Évariste Ndayishimiye, l’un des premiers défis sera de transformer ce thème mobilisateur en actions tangibles. Il devra non seulement convaincre les chefs d’État de financer des infrastructures d’eau et d’assainissement, mais aussi articuler cette priorité avec les urgences sécuritaires qui accaparent l’agenda. La réussite de son mandat se mesurera à sa capacité à maintenir l’unité des 55 États membres autour de ces objectifs communs, alors que les lignes de fracture régionales n’ont jamais été aussi marquées.
Dans son discours de passation, João Lourenço a tenu à saluer le travail de l’institution qu’il quitte, adressant des remerciements appuyés au nouveau président de la Commission, Mahmoud Ali Youssouf, ainsi qu’à l’ensemble de ses équipes pour leur « abnégation ». Une manière de souligner que, malgré les critiques récurrentes sur l’efficacité de l’organisation panafricaine, ses rouages administratifs continuent de fonctionner. Cette transition en douceur vise à rassurer les partenaires internationaux sur la continuité des réformes internes de l’Union.
Enfin, en confiant la présidence à Évariste Ndayishimiye, l’UA fait le pari de l’expérience et de la continuité. Le dirigeant burundais, au pouvoir depuis 2020, hérite d’une organisation dont la crédibilité est souvent mise à l’épreuve sur les terrains de crise. Son mandat sera observé de près : parviendra-t-il à insuffler un nouveau dynamisme à l’agenda du développement, ou sera-t-il, comme ses prédécesseurs, happé par la gestion des crises immédiates ? La réponse à cette question dépendra en grande partie de sa capacité à mobiliser ses pairs autour de l’enjeu existentiel de l’eau, bien au-delà des discours de cérémonie.



