Le président tchadien, le maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, a officialisé mercredi 1er avril 2026 la composition d’un nouveau gouvernement de 37 membres, signé par décret sur proposition du Premier ministre Allah-Maye Halina. Cette annonce, très attendue, marque une étape clé dans la structuration du pouvoir exécutif après l’élection présidentielle qui a vu le maintien du maréchal à la tête du pays. Si plusieurs figures de l’ancienne équipe sont reconduites, l’entrée de personnalités issues de l’opposition et du secteur civil traduit une volonté d’élargissement politique.
La structure du nouvel exécutif repose sur une hiérarchie resserrée autour de ministres d’État, dont certains conservent des portefeuilles régaliens. Limane Mahamat reste à l’Administration du territoire et à la Décentralisation, avec le rang de vice-Premier ministre, tandis que le chef de la diplomatie, Abdoulaye Sabre Fadoul, et le ministre des Finances, Tahir Hamid Nguilin, sont maintenus. Le gouvernement compte également deux femmes au rang de ministres d’État, dont la docteure Mahamat Ahmad Alhabo, promue à l’Éducation nationale après avoir dirigé le secrétariat général de la présidence. Dans les postes de souveraineté, le général Ali Ahmat Akhabach reste à la Sécurité publique et le général Issakha Malloua Djamous conserve les Armées.
Ce remaniement intervient dans un contexte politique marqué par une tentative de normalisation institutionnelle après la transition dirigée par Mahamat Déby, arrivé au pouvoir en 2021 à la suite de la mort de son père, Idriss Déby Itno. L’élection présidentielle de fin 2025, remportée par le maréchal, a été suivie par la mise en place d’un nouveau cadre constitutionnel. L’ouverture à des figures issues de l’opposition, bien que limitée, vise à répondre aux critiques sur le manque d’inclusivité du processus politique et à consolider un équilibre fragile entre les différentes factions du nord et du sud, ainsi qu’entre les élites civiles et militaires.
Au-delà de la continuité affichée, plusieurs nominations portent une dimension stratégique destinée à élargir la base politique du régime. L’entrée au gouvernement de Sitack Yombatinan Beni, ancien vice-président du parti Les Transformateurs, est perçue comme un signal adressé à une opposition encore divisée. De même, la nomination de Nair Abakar, ancien cadre du comité de normalisation du football tchadien, au ministère de la Jeunesse et des Sports vise à capter un secteur stratégique pour le régime, où les contestations sociales ont souvent émergé. Ces choix illustrent une méthode de cooptation des élites, qu’elles soient issues de la société civile, du sport ou de l’oppition politique, afin de prévenir les fronts de contestation.
Le secteur économique reste entre les mains de technocrates et de proches du pouvoir, avec des nominations comme celle de Fatimé Haram Acyl aux Mines et au Pétrole, un secteur clé pour les revenus de l’État. La présence de ministres délégués et de plusieurs secrétaires d’État, dont l’ex-activiste Abel Maina aux Télécommunications, signale une tentative de diversification des profils tout en conservant un contrôle strict sur les leviers stratégiques. Ce gouvernement reflète ainsi une double approche : fidéliser les soutiens historiques tout en intégrant des figures nouvelles pour désamorcer d’éventuelles velléités de contestation dans un pays où la stabilité reste suspendue à l’équilibre entre les clans militaires et les appuis régionaux.
Les observateurs s’accordent sur le fait que la performance de ce gouvernement sera jugée à l’aune de sa capacité à répondre aux urgences structurelles : la gestion des ressources pétrolières, la sécurité dans les zones frontalières du bassin du lac Tchad et la mise en œuvre des promesses de réconciliation nationale. En nommant un gouvernement composé de 37 ministres, un format inchangé par rapport à l’administration précédente, Mahamat Déby privilégie la stabilité des réseaux établis plutôt qu’une véritable cure d’austérité institutionnelle. Les prochains mois diront si cette architecture politique, où se côtoient fidélités militaires, ralliements opportunistes et technocrates, parviendra à répondre aux attentes d’une société civile tchadienne toujours en quête de réformes profondes et de justice sociale.



