Une nouvelle coalition d’opposition, baptisée « Sauver la démocratie au Tchad », a été officiellement lancée samedi 10 janvier 2026 à N’Djamena. Cette alliance regroupe sept partis politiques déterminés à constituer un front uni pour dénoncer ce qu’ils qualifient de dérives autoritaires du régime en place et proposer une alternative.
Les fondateurs de cette coalition annoncent vouloir recourir à « tous les moyens légitimes » pour amplifier la voix de l’opposition et du peuple tchadien. Leur réquisitoire est sans appel. Il cible explicitement la réduction des espaces politiques et civiques, le processus électoral présidentiel de 2024 qu’ils jugent entaché d’irrégularités, les arrestations arbitraires de figures politiques et syndicales, ainsi que la répression persistante contre les médias et les voix dissidentes. Le coordonnateur de la coalition, Izadine Ahmat Tidjani, a pointé du doigt l’ordonnance 009 qui entrave la liberté de réunion et l’arrestation récente d’un leader syndical, Djimoudouel Faustin, comme exemples concrets de cette répression.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte post transition particulièrement tendu. Le pays est gouverné depuis avril 2024 par le président Mahamat Idriss Déby Itno, porté au pouvoir par une élection dont l’opposition et une partie de la communauté internationale ont contesté la crédibilité. Fils et successeur désigné de l’ancien président Idriss Déby Itno, décédé en 2021, Mahamat Déby a dirigé le pays durant une période de transition militaire de trois ans, promettant un retour à l’ordre constitutionnel. Pour ses détracteurs, cette élection a simplement entériné une dynastie politique et scellé la fermeture de l’espace démocratique, avec un pouvoir législatif dominé par le parti présidentiel et une justice souvent perçue comme instrumentalisée.
Les perspectives pour cette coalition seront un test décisif pour la résilience de l’opposition tchadienne, historiquement fragmentée. Son action future se jouera sur deux terrains. D’abord, sa capacité à maintenir une unité opérationnelle face aux pressions et aux tentatives de division du régime. Ensuite, son habileté à mobiliser au-delà des cercles politisés, en connectant son discours démocratique avec les préoccupations socio économiques urgentes de la population, comme la crise du pouvoir d’achat et l’accès aux services publics. La réponse des autorités, entre dialogue répressif sélectif, sera également un indicateur clé de l’évolution du climat politique.
La création de « Sauver la démocratie au Tchad » intervient à un moment où le pays, pourtant pilier militaire dans la lutte contre le jihadisme au Sahel, fait l’objet de critiques croissantes sur le plan des droits humains. Des organisations comme Amnesty International et la FIDH documentent régulièrement des cas de restrictions aux libertés fondamentales. Cette coalition tente ainsi de réinscrire la situation tchadienne dans l’agenda démocratique, à la fois national et international, en rappelant que la stabilité ne saurait durablement reposer sur la seule sécurité militaire au détriment des droits civils et politiques.
L’efficacité de cette nouvelle alliance dépendra largement de sa stratégie de terrain. Izadine Ahmat Tidjani a évoqué un travail de dénonciation des abus, d’information des citoyens et de proposition de solutions. Son véritable défi sera d’incarner une opposition crédible et structurée capable de peser face à un appareil d’État très verrouillé. Dans un paysage médiatique sous contrôle et avec une société civile souvent muselée, sa capacité à créer des espaces de débat et à fédérer un mécontentement populaire diffuse constituera la mesure réelle de son impact sur la vie politique tchadienne des prochains mois.



