Le Parlement togolais a adopté ce jeudi deux textes majeurs lors d’une session extraordinaire, actant à la fois la prolongation de l’état d’urgence sécuritaire dans la région des Savanes et une refonte du régime juridique et fiscal du gazoduc de l’Afrique de l’Ouest. Ce double vote, intervenu en présence de membres du gouvernement, illustre la volonté de l’exécutif de répondre sur deux fronts jugés prioritaires : la stabilité face à la menace terroriste et l’ancrage du pays comme hub énergétique régional.
La première loi adoptée proroge pour une durée de douze mois l’état d’urgence dans la région septentrionale des Savanes. Le ministre de la Sécurité, Calixte Batossie Madjoulba, a justifié cette mesure par la persistance de l’instabilité au Sahel et ses effets de débordement, qui continuent de peser sur les frontières nord du Togo. Si le ministre a tenu à souligner l’efficacité relative des forces de défense, appuyées par les populations locales, pour « contenir la menace », cette prolongation indique que la situation sécuritaire, bien que maîtrisée, n’est pas jugée suffisamment stabilisée pour un retour à la normale. Le président de l’Assemblée nationale, Komi Selom Klassou, a appelé à un renforcement du soutien aux troupes engagées sur ce front.
En parallèle, les députés ont entériné une modification substantielle de la loi encadrant la portion togolaise du gazoduc ouest-africain. Présenté par le ministre délégué à l’Énergie, Robert Koffi Messan Eklo, ce texte vise à clarifier les dispositions fiscales et à renforcer la sécurité juridique du projet. L’objectif affiché est double : rassurer et attirer les investisseurs privés en offrant un cadre plus lisible, tout en préservant ce que le gouvernement qualifie de « souveraineté nationale » sur une infrastructure stratégique.
Cette révision du cadre légal s’inscrit dans un contexte de recomposition du marché énergétique ouest-africain. Le gazoduc, qui traverse le Togo pour acheminer le gaz nigérian vers le Bénin, le Ghana et le Togo lui-même, est une artère vitale pour l’électrification de la sous-région. En mettant à jour sa législation, Lomé cherche à s’adapter aux nouvelles réalités économiques et à sécuriser les retombées d’un projet vieux de plus d’une décennie, dont le potentiel industriel et commercial est loin d’avoir été pleinement exploité.
Pour l’avenir, les autorités misent sur ce nouveau cadre pour accélérer les investissements. Elles espèrent qu’il permettra d’améliorer l’accès à une énergie plus abordable, de stimuler la création d’emplois locaux et de développer les infrastructures connexes. Sur le plan sécuritaire, la perspective est celle d’une gestion durable de la crise. La prolongation de l’état d’urgence pour une année entière, et non pour une courte période, signale que Lomé se prépare à un endiguement de long terme de la menace terroriste, en misant sur l’intégration des efforts militaires et le maintien d’un lien fort avec les communautés locales.
Au-delà des aspects législatifs, ces deux dossiers reflètent les priorités contrastées d’un Etat qui doit à la fois gérer l’urgence sécuritaire dans ses marges et planifier son développement économique. La région des Savanes, bien que tenue, reste un point de fragilité, tandis que le volet énergétique incarne une ambition de long terme. La capacité du gouvernement à maintenir cet équilibre entre gestion des crises et vision stratégique sera déterminante pour la stabilité et la croissance du pays dans les années à venir.



