Le gouvernement togolais a annoncé son intention d’engager une réflexion continentale pour l’instauration de fêtes spécifiquement africaines, dont un Nouvel An. Cette initiative, portée par le ministère des Affaires étrangères en partenariat avec l’Union africaine, vise à restaurer des systèmes traditionnels de division du temps, que les politiques coloniales auraient, selon Lomé, contribué à distordre.
Concrètement, il ne s’agit pas seulement d’ajouter un jour férié au calendrier, mais de mener un travail de fond sur la « souveraineté calendérique » du continent. L’objectif affiché est de redonner une place officielle aux cycles agricoles, lunaires ou saisonniers qui rythmaient la vie des sociétés africaines précoloniales, et de les faire reconnaître comme patrimoine mondial, à l’instar du Nouvel An lunaire chinois ou de la fête juive de Roch Hachana.
Cette ambition s’inscrit dans un contexte plus large de réappropriation identitaire, où plusieurs nations africaines cherchent à se défaire des héritages symboliques de la colonisation. Au-delà du symbole, la démarche reflète la volonté du continent d’affirmer ses propres références culturelles dans un monde multipolaire, face à des modèles culturels dominants souvent perçus comme uniformisateurs.
Les prochaines étapes sont déjà balisées. Un symposium international sera organisé à Lomé, réunissant historiens, anthropologues et représentants des communautés. Les recommandations issues de ces assises seront ensuite transmises à la Commission de l’Union africaine, qui aura la charge de leur donner une portée politique à l’échelle du continent.
Reste à savoir quels repères seront retenus pour définir ce Nouvel An. L’entreprise est complexe tant l’Afrique est diverse. Le calendrier éthiopien, l’an 2000 des Dogons, ou encore les célébrations des récoltes chez les Akan offrent des points de départ multiples. La réussite du projet dépendra de la capacité des experts à trouver un dénominateur commun capable de fédérer sans gommer les particularismes locaux.



