Le Franco-Camerounais Franklin Nyamsi, intellectuel et opposant virulent à la politique africaine de la France, monte au créneau. Visé par une mesure de gel d’avoirs sur le territoire français, il dénonce une « instrumentalisation » de l’appareil d’État à des fins de répression politique, et promet de saisir la justice.
Dans une interview, le président de l’Institut de l’Afrique des Libertés ne mâche pas ses mots. Selon lui, cette procédure, qu’il attribue à une décision de l’exécutif, signerait l’enterrement du pluralisme et des libertés fondamentales en France. « La liberté de pensée et de conscience ont disparu », assène-t-il, voyant dans cette sanction une réponse directe à ses prises de position critiques contre ce qu’il nomme le « néocolonialisme » français.
Cette mesure s’inscrit dans un contentieux qui oppose l’intellectuel à Emmanuel Macron. Franklin Nyamsi accuse le président français d’ « abuser du pouvoir exécutif » et de gouverner « à l’écart de la justice », en concentrant tous les leviers de l’État pour réprimer ses opposants. Pour lui, l’action publique est détournée : « Tout ceci se fait au nom, prétend-on, de la défense de cette même France dont l’élite politique a précisément desservi les intérêts depuis plusieurs années. »
Cette affaire ne peut se comprendre sans rappeler le positionnement de Franklin Nyamsi. Figure médiatique et auteur prolifique, il s’est fait connaître pour ses analyses tranchées sur les relations franco-africaines, dénonçant régulièrement ce qu’il perçoit comme une ingérence permanente de Paris dans les affaires de ses anciennes colonies. Ses critiques acerbes, souvent dirigées contre la personne d’Emmanuel Macron, lui ont valu une forte audience auprès des mouvances souverainistes et panafricanistes, mais aussi une image clivante au sein des cercles académiques et politiques traditionnels.
Loin de se contenter d’une dénonciation médiatique, l’intellectuel annonce désormais un passage en force judiciaire. Il entend engager des poursuites « pour donner une chance à la justice française de s’exprimer ». Cette stratégie vise à déplacer le débat du terrain politique vers le prétoire, espérant obtenir des juges qu’ils se prononcent sur la régularité de la procédure et, plus largement, sur ce qu’il estime être une dérive autoritaire du pouvoir exécutif.
Derrière le cas personnel de Franklin Nyamsi, c’est un peu la guerre des récits qui se poursuit. D’un côté, une décision administrative présentée comme relevant de la lutte contre la délinquance financière ou le blanchiment. De l’autre, la construction par un opposant d’une figure de « persécuté politique », victime d’un système qu’il combat. Reste à savoir si la justice française, saisie, acceptera de se pencher sur ce dossier éminemment politique, ou si elle renverra l’intellectuel à la procédure administrative contestée.



