La Zambie s’apprête à organiser une réunion d’urgence des ministres de la Défense et des chefs d’état-major de la région des Grands Lacs, du 8 au 10 janvier, dans le but de trouver des réponses militaires et sécuritaires à l’escalade du conflit dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Cette initiative, mandatée par la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), intervient dans un contexte de regain de violence et de tensions régionales exacerbées.
La rencontre, dont les travaux se dérouleront à huis clos à Lusaka, rassemblera les représentants des douze États membres de la CIRGL. L’objectif officiel est de coordonner une position régionale commune et d’examiner des mécanismes concrets pour stabiliser la situation dans l’est congolais, où l’offensive du mouvement rebelle du M23, soutenu selon l’ONU et Kinshasa par le Rwanda, a créé une crise humanitaire majeure et fait planer le spectre d’une confrontation directe entre pays voisins.
Cette réunion s’inscrit dans une longue série d’initiatives diplomatiques et sécuritaires régionales qui ont, jusqu’à présent, largement échoué à apporter une paix durable en RDC. La CIRGL, créée en 2000, peine depuis des années à imposer son autorité face aux intérêts divergents et souvent contradictoires de ses membres. Certains, comme le Rwanda et l’Ouganda, ont historiquement été accusés de soutenir des groupes armés en RDC, tandis que d’autres, comme l’Angola et le Kenya, ont récemment mené des médiations parallèles, illustrant les fractures au sein du bloc.
Les perspectives de cette nouvelle tentative restent incertaines. Les observateurs s’interrogent sur sa capacité à produire des résultats tangibles au-delà des déclarations de bonnes intentions. L’enjeu immédiat sera de savoir si les parties, en particulier la RDC et le Rwanda, acceptent un cadre de désescalade contraignant. Un échec à Lusaka risquerait de légitimer davantage l’option purement militaire et d’entériner la marginalisation des cadres de dialogue régionaux, au profit d’interventions unilatérales ou du recours accru à des partenaires extérieurs comme les forces de la SADC.
La tenue de ce sommet en Zambie n’est pas anodine. Le président Hakainde Hichilema, qui assure la présidence tournante de la CIRGL, cherche à redonner du crédit à une organisation en perte de vitesse. Son pays, historiquement moins impliqué directement dans le conflit congolais, est perçu comme un médiateur plus neutre. Cependant, cette neutralité même pourrait limiter son pouvoir de pression sur les acteurs les plus influents de la crise.
En arrière-plan de ces discussions militaires plane la question de la légitimité et de l’efficacité des forces régionales déployées. La mission de la Communauté d’Afrique de l’Est (EACRF), dont le mandat n’a pas été renouvelé par Kinshasa, est un exemple d’échec cuisant. La réunion de Lusaka devra donc inévitablement aborder l’épineux sujet du futur dispositif sécuritaire sur le terrain, un dossier où les méfiances réciproques restent la norme. La crédibilité future de la CIRGL se joue peut-être dans sa capacité à dépasser ce cycle de défiance.



