Le chef de l’État malgache, le colonel Michaël Randrianirina, poursuit son marathon diplomatique. Une semaine après avoir été reçu par Vladimir Poutine au Kremlin, il est attendu ce mercredi 24 février à l’Élysée pour un déjeuner de travail avec Emmanuel Macron. Cette première rencontre physique entre les deux hommes depuis la prise de pouvoir du dirigeant malgache en octobre vise officiellement à poser les bases d’un nouveau partenariat bilatéral. Elle intervient dans un contexte où Antananarivo cherche à élargir le cercle de ses alliés sans rompre avec ses partenaires historiques.
Selon la présidence française, les échanges se concentreront sur deux priorités immédiates : l’accompagnement de la transition politique en cours et la réponse humanitaire après le passage de cyclones meurtriers sur la Grande Île, qui ont causé la mort d’au moins 62 personnes. Paris et Antananarivo doivent également discuter du « renouvellement du partenariat bilatéral », une formule qui suggère une volonté de redéfinir les contours d’une relation ancienne mais parfois houleuse. Ce volet économique et diplomatique sera scruté de près, d’autant que la visite française fait suite à une séquence russe très marquée politiquement.
Le voyage à Moscou du 19 février a en effet officialisé un rapprochement stratégique avec la Russie, notamment dans les domaines de la défense et de l’énergie. En justifiant cette ouverture par la recherche de « bénéfices concrets » pour le peuple malgache et le refus de toute « discrimination » entre partenaires, le colonel Randrianirina affiche clairement sa volonté de diversifier les appuis d’Antananarivo. Ce choix géopolitique place désormais la visite à Paris sous le signe de la réassurance, Paris restant un bailleur de fonds et un partenaire sécuritaire incontournable dans l’océan Indien.
Sur le plan intérieur, cette stratégie du « tous azimuts » ne fait pas l’unanimité. Des voix s’élèvent à Antananarivo pour réclamer plus de clarté sur les retombées concrètes de ces déplacements. Hony Radert, secrétaire générale du Collectif des citoyens, dénonce ainsi un manque de transparence et exige une « redevabilité » du chef de l’État à son retour. Les représentants de la génération Gen-Z interrogés partagent ce scepticisme, s’interrogeant ouvertement sur les « contreparties » qui pourraient être négociées lors de ce face-à-face avec Emmanuel Macron.
Ce déjeuner de travail se tient également dans un climat bilatéral encore fragile. La mémoire de l’exfiltration par la France de l’ancien président Andry Rajoelina, en 2009, reste vive dans les esprits et avait cristallisé les méfiances entre les deux capitales. Si l’agenda affiché est celui de la coopération et de l’aide humanitaire, ce passé récent et la séquence moscovite ajoutent une couche de complexité à une relation que le nouveau pouvoir malgache semble vouloir rééquilibrer, au risque de brouiller les lignes diplomatiques.



