Depuis le début de l’année 2024, les Forces de soutien rapide (FSR), l’un des groupes paramilitaires les plus puissants du Soudan, subissent de lourdes pertes face à l’armée soudanaise. La capitale Khartoum et plusieurs États clés, dont Sennar, Al Jazeera et le Nil Blanc, sont désormais sous le contrôle de l’armée, consolidant ainsi sa position au centre du pays. Les combats continuent cependant de faire rage, en particulier autour de la ville stratégique d’El-Obeid, dans le Kordofan du Nord, où les FSR ont tenté, en vain, de percer les lignes de défense de l’armée.
La bataille pour El-Obeid revêt une importance symbolique et stratégique. Depuis le début du conflit en 2023, la ville, située au cœur du Kordofan du Nord, a été un point névralgique des affrontements. Entourée dès les premiers mois par les forces des FSR, El-Obeid a été libérée par l’armée en février 2024, mais la ville a depuis été constamment bombardée par les paramilitaires. Le 2 avril, une nouvelle offensive des FSR a échoué, malgré le soutien de troupes récemment évacuées de Khartoum. L’armée soudanaise a réussi à repousser l’attaque, infligeant de lourdes pertes aux assaillants.
Le conflit entre l’armée soudanaise et les FSR, qui a éclaté en avril 2023, s’inscrit dans un contexte de tensions politiques et militaires internes. Les FSR, originellement créées comme un outil paramilitaire par le gouvernement soudanais, ont rapidement pris leur indépendance après la chute de l’ancien président Omar el-Béchir. En 2021, la prise de pouvoir par le général Abdel Fattah al-Burhan, chef de l’armée, a aggravé les divisions entre les différents groupes militaires du pays, dont les FSR dirigées par Mohamed Hamdan Daglo. Ce schisme a plongé le pays dans une guerre civile ouverte.
À mesure que l’armée prend le contrôle des régions centrales du Soudan, l’attention se tourne vers le Darfour, où les FSR détiennent encore une forte présence. Le Darfour, particulièrement le Darfour du Nord, reste un terrain de bataille crucial. L’armée se prépare à reprendre la région, malgré les lourdes pertes infligées aux FSR dans les combats récents autour de la ville d’El-Facher, dans le Darfour du Nord. Toutefois, la situation dans cette région reste volatile, et les FSR continuent de menacer de nouvelles offensives, comme l’a indiqué Abderrahim Daglo, le numéro deux des FSR, en annonçant des renforts en direction du nord et du Nil.
Alors que l’armée semble reprendre l’avantage, la situation reste incertaine. Les FSR, bien que repoussées sur plusieurs fronts, restent une force militaire redoutable, capable de lancer des attaques surprenantes. Les menaces proférées par Abderrahim Daglo de renforcer les lignes de front témoignent de la détermination des paramilitaires. Les autorités soudanaises devront faire face à une résistance persistante, tout en cherchant à maintenir l’ordre et à éviter un éclatement encore plus large du pays. La communauté internationale, quant à elle, observe avec inquiétude l’évolution de la situation et les risques de propagation du conflit dans la région du Sahel et au-delà.
Au-delà des enjeux militaires, la guerre a des conséquences dramatiques pour les populations civiles. À Khour al Dilb, dans le Kordofan du Sud, des combats récents ont fait douze morts parmi les civils, selon le réseau indépendant des médecins soudanais. Ces violences ne sont pas isolées, et des rapports font état de massacres, de déplacements massifs de populations et de pénuries alimentaires dans les zones affectées par le conflit. L’ampleur des souffrances humaines ne fait que renforcer l’urgence d’une résolution diplomatique du conflit, bien que les perspectives de paix restent floues à court terme.