Au Liberia, le président Joseph Boakai a congédié, jeudi 28 août, trois hauts responsables de l’agence nationale de lutte antidrogue. Une décision prise alors que le pays traverse une crise majeure liée à la consommation du kush, une drogue de synthèse bon marché qui dévaste la jeunesse urbaine.
Selon un communiqué officiel, le directeur général de l’agence, son adjoint aux affaires administratives ainsi que l’adjoint en charge des opérations ont été relevés de leurs fonctions. La présidence évoque des « raisons administratives », sans plus de détails, mais ce remaniement intervient alors que la crédibilité de l’institution est sévèrement mise à mal par des scandales internes.
Depuis plusieurs mois, le Liberia est confronté à une explosion de la consommation de drogues de synthèse. Le kush, apparu en 2016, s’est imposé comme une alternative à bas prix à la cocaïne et à l’héroïne. Hautement addictive, cette drogue touche de plein fouet une jeunesse désœuvrée. Selon les Nations unies, un jeune Libérien sur cinq consommerait une substance illicite. Début août, des milliers de manifestants avaient déjà envahi les rues de Monrovia pour réclamer des mesures fermes.
Dès son arrivée au pouvoir début 2024, Joseph Boakai avait fait de la lutte contre les drogues une priorité, allant jusqu’à la qualifier « d’urgence de santé publique ». Mais la récente divulgation d’un enregistrement compromettant a fragilisé cette stratégie. On y entendait un haut responsable de l’agence exiger la libération de sa fille arrêtée pour consommation de drogue, un épisode qui a accentué la colère populaire.
Ce limogeage apparaît autant comme une réponse aux pressions de la rue que comme une tentative de restaurer l’autorité de l’État face à une crise sanitaire de grande ampleur. Pour Boakai, l’enjeu est double : enrayer la progression d’un fléau social qui mine la jeunesse et rétablir la confiance dans des institutions accusées de laxisme et de corruption.
La suite dépendra de la capacité du gouvernement à traduire ses engagements en mesures concrètes. Lutter contre le trafic, renforcer les dispositifs de prévention et assurer la prise en charge des toxicomanes sont des chantiers immenses pour un pays aux moyens limités. Le président Boakai joue ici une partie de sa crédibilité politique, alors que l’opinion publique attend des résultats tangibles.