La Zambie s’enfonce dans une crise politique à neuf mois de l’élection présidentielle d’août 2026. Un projet de révision constitutionnelle, accusé par l’opposition et la société civile d’offrir un avantage indu au président sortant Hakainde Hichilema, a provoqué une mobilisation citoyenne réprimée par les autorités. Vendredi, une marche de protestation a été interdite par la police, forçant les manifestants à se reconvertir en rassemblement de prière.
Le cœur de la controverse réside dans le projet de loi n°7, qui prévoit un redécoupage des circonscriptions électorales. Les détracteurs du texte dénoncent un « charcutage électoral » déguisé en réforme. Ils estiment que le gouvernement, en possession des données d’un récent enregistrement des électeurs, est en position de remodeler la carte électorale à son profit. Au-delà du redécoupage, le texte introduit également de manière précipitée un système de représentation proportionnelle et réactive des amendements constitutionnels précédemment rejetés par la population, ce qui ajoute à la défiance.
Cette tempête politique intervient dans un climat déjà délétère. Hakainde Hichilema, arrivé au pouvoir en 2021 sur la promesse de restaurer la démocratie et l’État de droit après l’ère Edgar Lungu, voit aujourd’hui sa crédibilité érodée par des accusations de autoritarisme. L’interdiction de manifestations n’est pas une première et rappelle les pratiques de ses prédécesseurs. La Zambie, considérée comme un havre de stabilité relative en Afrique australe, voit ainsi son modèle démocratique mis à l’épreuve par des tactiques électorales perçues comme régressives.
Les conséquences de cette crise sont multiples. Elle risque de polariser davantage le paysage politique et de jeter un discrédit durable sur la légitimité du scrutin de 2026, quel qu’en soit le résultat. La mobilisation de la société civile, bien que pour l’instant contenue, pourrait s’intensifier et se radicaliser face à la répression. Sur le plan international, les partenaires de la Zambie, qui soutiennent financièrement le pays en proie à une grave crise de la dette, pourraient réévaluer leur appui face à des pratiques contraires aux standards démocratiques.
L’argumentaire du gouvernement est double. Officiellement, la réforme vise à améliorer la représentation des femmes, des jeunes et des personnes handicapées au Parlement. Par ailleurs, pour justifier l’interdiction de la marche, les autorités ont invoqué des « renseignements » faisant état de risques d’affrontements avec des contre-manifestants, appelant la population à la prudence. Ces justifications sont toutefois largement perçues comme un prétexte pour étouffer toute contestation légitime.
L’analyse des experts en gouvernance, comme Mzeziti Mwanza, est sans appel. Elle résume le sentiment général en déclarant : « On ne peut tout simplement pas changer les règles du jeu une fois que le match a commencé. » Cette perception d’un processus biaisé et opportuniste mine la confiance dans les institutions. La transformation de la marche en rassemblement de prière illustre également la place centrale qu’occupent les acteurs religieux dans l’espace public zambien, souvent en première ligne pour porter les revendications démocratiques lorsque l’expression politique directe est entravée.



