Le Conseil national de transition (CNT), l’assemblée législative mise en place par la junte militaire au pouvoir, a adopté mardi une révision majeure de la Constitution. Ce texte consacre une concentration inédite des pouvoirs exécutifs entre les mains du Président de la République, désormais explicitement désigné comme Chef du gouvernement.
La réforme maintient formellement le cadre d’un système semi-présidentiel mais en bouleverse profondément l’équilibre. Le Président de la République, qui cumule déjà la fonction de Chef de l’État, se voit attribuer la direction effective de l’exécutif. Il préside le Conseil des ministres, coordonne et oriente l’action d’un Premier ministre qui lui est subordonné, et conserve le pouvoir exclusif de le nommer et de le révoquer. Le gouvernement est donc placé sous une tutelle présidentielle renforcée, tout en conservant une double responsabilité théorique devant le chef de l’État et devant le Parlement.
Cette révision fondamentale intervient dans un contexte politique extrêmement trouble. Elle est portée par une institution, le CNT, née du coup d’État militaire du 27 novembre 2023, qui a interrompu le processus électoral et renversé le président Umaro Sissoco Embalo. La dernière modification constitutionnelle datait de 1995, à la suite des réformes démocratiques des années 1990. Le porte-parole du CNT a justifié cette révision par la nécessité de « clarifier les pouvoirs » et d’éviter les conflits de compétences, arguant que la précédente mouture était « celle de tous les Guinéens et non d’un parti politique particulier », après une réduction des références idéologiques révolutionnaires dans son préambule.
Les perspectives immédiates sont celles d’une consolidation d’un pouvoir exécutif hyper-présidentialisé, sous le contrôle étroit des forces armées qui contrôlent le processus de transition. Cette nouvelle architecture institutionnelle, taillée sur mesure, figera probablement pour longtemps la distribution du pouvoir en Guinée-Bissau, rendant tout futur équilibre avec le législatif extrêmement difficile. Elle risque d’entériner une domination sans partage de l’exécutif, avec un Parlement aux moyens de contrôle affaiblis dans les faits, malgré le maintien formel d’instruments comme la motion de censure.
Au-delà des équilibres institutionnels, cette révision pose une question fondamentale de légitimité. Elle est l’œuvre d’un organe non élu, issu d’une prise de pouvoir inconstitutionnelle, et intervient alors que le mandat du président déchu n’était pas achevé. Elle illustre le schéma récurrent en Guinée-Bissau où les périodes de turbulence politique sont l’occasion de redessiner les règles du jeu à l’avantage du camp dominant, sans consultation populaire ni débat national inclusif. La « clarification » invoquée semble surtout viser à éliminer toute ambiguïté pouvant entraver l’autorité du futur président, dont la désignation reste elle-même incertaine dans le calendrier de la transition.
Les observateurs notent que ce renforcement du présidentialisme, dans le contexte actuel, agit comme un verrouillage politique. Il garantit à l’armée, par le biais d’un président qu’elle influencera durablement, un contrôle direct sur l’appareil gouvernemental, marginalisant davantage les partis politiques et le Parlement. La révision pourrait ainsi perpétuer l’instabilité chronique du pays, non pas en la résolvant, mais en centralisant tous les leviers de décision et, par conséquent, toutes les sources de conflit futurs, autour d’une seule et même fonction. L’histoire politique bissau-guinéenne démontre qu’une concentration excessive du pouvoir alimente plus souvent les crises qu’elle ne les apaise.



