Le chinois Suzhou CATH Energy Technologies (CATH) a versé 20 millions de dollars à l’australien AVZ Minerals, confirmant son soutien financier dans la bataille juridique pour le contrôle du gisement de lithium de Manono, en République démocratique du Congo. Cette injection de fonds, prévue par un accord de janvier 2025, intervient dans un imbroglio toujours plus complexe, sans garantir à AVZ un retour sur ce projet stratégique, paralysé depuis 2022.
Cette facilité de financement accorde à CATH des avantages substantiels conditionnés au succès final d’AVZ. En contrepartie de son appui, la société chinoise aurait le droit exclusif d’acquérir 100% de la production de lithium pendant cinq ans, ou jusqu’au remboursement de ses avances. Elle obtiendrait également une option pour acheter une participation indirecte de 30,5% dans le projet. Ce pari financier de CATH illustre la valeur supposée du gisement, malgré les risques élevés liés aux conflits de propriété.
Le contexte de cette transaction est celui d’une guerre d’influence multiforme pour Manono, présenté comme le plus grand gisement de lithium découvert en RDC. L’entreprise publique Cominière, initialement partenaire d’AVZ, a rompu leur coentreprise pour s’allier en 2023 avec le géant minier chinois Zijin Mining. Parallèlement, la start-up américaine KoBold Metals, soutenue par Washington, a manifesté un vif intérêt. En mai 2025, KoBold a signé un accord-cadre avec AVZ, visant potentiellement à compenser l’australien pour son retrait, puis un autre directement avec le gouvernement congolais, ajoutant une nouvelle couche de complexité aux négociations.
Les perspectives de développement rapide de Manono restent obscures. Zijin Mining avait annoncé une production pour 2026, mais ses avancées concrètes sont peu documentées. L’accord-cadre entre Kinshasa et KoBold n’a pas été détaillé. De son côté, AVZ, tout en maintenant ses poursuites judiciaires internationales, fait face à des ennuis réglementaires dans son pays d’origine, l’Australie, où le gendarme boursier (ASIC) l’a poursuivie en novembre 2025 pour défaut d’information des investisseurs. La résolution de ce contentieux multipartite semble encore lointaine.
La position du gouvernement congolais constitue une variable cruciale mais peu lisible. Alors qu’il a renforcé sa coopération minière avec les États-Unis, illustrée par un accord de décembre 2025 pour identifier des projets éligibles aux investissements américains, il n’a pas clarifié le statut de Manono. Le ministre des Mines, Louis Watum, a évoqué une liste de projets sans la rendre publique. Les clauses de l’accord avec Washington, qui interdisent d’y inclure des projets contrevenant à des obligations juridiques internationales, pourraient exclure Manono tant que les litiges ne sont pas réglés.
Dans ce paysage incertain, la communication récente d’AVZ suggère une possible évolution de sa stratégie. La compagnie a déclaré rechercher activement “une solution commerciale pour ses actionnaires”, une formulation qui n’implique pas nécessairement son maintien comme opérateur principal de Manono. Cette ouverture pourrait relancer les discussions avec KoBold ou d’autres acteurs, transformant le conflit en une négociation sur des compensations financières. L’enjeu pour la RDC reste de taille : transformer enfin cette manne géologique en une réalité économique, dans un secteur du lithium de plus en plus concurrentiel et stratégique pour la transition énergétique mondiale.



