La France a officiellement averti les autorités américaines que toute tentative d’annexion du Groenland par les États-Unis constituerait un « franchissement de ligne rouge » et mettrait en péril les relations commerciales entre l’Union européenne et Washington. Cet avertissement, révélé par le Financial Times, a été transmis par le ministre français de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, à son homologue américain, le secrétaire au Trésor Scott Bessent.
Interrogé sur les mesures que l’UE pourrait adopter en cas d’invasion de l’île par une administration Trump, Roland Lescure a refusé de détailler un éventail de sanctions spécifiques. Il a cependant déclaré que l’Union serait confrontée à une « situation totalement inédite » à laquelle elle devrait « s’adapter en conséquence ». Ces déclarations, formulées sur un ton diplomatique mais ferme, marquent une escalade rhétorique significative dans la réponse européenne à des intentions américaines longtemps perçues comme fantaisistes mais désormais prises au sérieux.
Cette mise en garde s’inscrit dans un contexte de tensions récurrentes autour du statut du Groenland, un territoire autonome danois dont la défense et la politique étrangère relèvent de Copenhague. L’intérêt stratégique des États-Unis pour l’île, riche en ressources minérales et positionnée sur des routes arctiques cruciales, n’est pas nouveau. Il avait été ouvertement exprimé par l’ancien président Donald Trump en 2019, qui avait évoqué l’idée de son rachat, provoquant une crise diplomatique avec le Danemark. La réactivation récente de ces velléités dans le discours politique américain a contraint les capitales européennes à clarifier leur position.
Les perspectives sont celles d’une crise transatlantique majeure si l’hypothèse d’une action unilatérale américaine venait à se concrétiser. La menace française sous-entend la possibilité de sanctions économiques de l’UE, qui pourraient gravement affecter un partenariat commercial bilatéral représentant plusieurs milliards d’euros. Parallèlement, la dimension militaire du dossier s’est intensifiée. À la veille de cet avertissement, plusieurs pays européens, dont la France, ont déployé un renfort symbolique d’une trentaine de militaires au Groenland, un geste interprété comme une démonstration de solidarité avec le Danemark et une affirmation de souveraineté.
La réaction américaine à ces manoeuvres est, pour l’instant, sans équivoque. La porte-parole de la Maison-Blanche a immédiatement rétorqué que le déploiement militaire européen « n’affecte pas » l’objectif affiché de l’ancien président Trump d’acquérir le Groenland. Cette réponse confirme que le sujet reste un point de friction potentiel, indépendamment des changements d’administration. Elle révèle également un profond malentendu, voire un mépris, pour les sensibilités et les liens historiques qui unissent les nations européennes à ce territoire.
Au-delà de la relation bilatérale, cet épisode expose les fractures croissantes au sein de l’Alliance atlantique sur les questions de souveraineté et de vision géostratégique. L’Arctique, théâtre d’une compétition accrue entre grandes puissances, devient un point névralgique où les intérêts des alliés traditionnels divergent. La fermeté du message français, porté au nom des intérêts européens, signale un alignement renforcé avec Copenhague et une volonté de poser des limites claires, même au prix d’une confrontation avec un partenaire historique dont les priorités semblent de plus en plus imprévisibles.



