L’Afrique pourrait générer près de 2000 milliards de dollars d’exportations de minerais rares et stratégiques au cours des 25 prochaines années. Cette estimation, avancée par Ferhat Ait Ali Braham, ancien ministre algérien de l’Industrie, révèle l’immense potentiel minier encore largement sous-exploité du continent. Toutefois, l’économiste met en garde contre le piège d’une exploitation purement extractive qui perpétuerait une logique de rente néocoloniale.
Pour Ferhat Ait Ali Braham, cette manne financière potentielle, bien que colossale, ne doit pas occulter les enjeux structurels. Il insiste sur la nécessité de dépasser le statut de simple fournisseur de matières premières brutes pour le reste du monde. “Il ne faut pas utiliser l’Afrique uniquement comme un gisement vierge primaire de ressources naturelles qui servent à faire tourner les machines d’autrui”, affirme-t-il, plaidant pour une rupture définitive avec “cette philosophie de gisement permanent et de rente géologique”. L’enjeu est de capter une plus grande partie de la valeur ajoutée sur place.
Cet avertissement s’inscrit dans le contexte historique des économies africaines, souvent caractérisées par la “malédiction des ressources”. Depuis des décennies, de nombreux pays du continent exportent massivement des minerais et des hydrocarbures sans parvenir à bâtir des industries de transformation solides et intégrées. Cette dépendance aux commodités les rend vulnérables à la volatilité des cours mondiaux et limite leur souveraineté économique. La ruée actuelle des grandes puissances (États-Unis, Chine, Union européenne) vers les minéraux critiques, essentiels à la transition énergétique, reproduit ce schéma extractif sous une nouvelle forme, accentuant les risques.
Les perspectives tracées par l’ex-ministre pointent vers un impératif d’intégration industrielle régionale. Selon lui, la fragmentation actuelle des marchés africains est un obstacle majeur. “Les Africains divisés ne pourront pas créer chacun chez lui une filière industrielle complète”, estime-t-il. L’avenir réside donc dans une stratégie collective permettant de mutualiser les atouts, les capitaux et les compétences techniques pour développer des chaînes de valeur continentales. Cette approche est présentée comme le seul moyen de ne pas rester “otages des grandes puissances” et de sécuriser la valeur à long terme des ressources, au-delà des cycles de prix.
L’analyse de Ferhat Ait Ali Braham souligne également un risque spécifique lié à la nature des minéraux convoités. La valeur des métaux dits “stratégiques” ou “critiques” n’est pas immuable ; elle est sujette à l’innovation technologique et aux substitutions. Une dépendance excessive à leur exportation pourrait s’avérer économiquement périlleuse si de nouveaux procédés ou matériaux émergent. Cette instabilité potentielle renforce l’argument en faveur d’une industrialisation rapide qui diversifierait les économies et créerait des emplois durables, au-delà du secteur minier.
La concrétisation de cette vision nécessite des réformes profondes. Elle implique une gouvernance minière transparente pour maximiser les revenus fiscaux destinés au développement, un investissement massif dans la formation de cadres et d’ingénieurs locaux, et la mise en place de politiques industrielles ambitieuses et coordonnées au niveau de l’Union africaine. Le défi est de transformer la pression géopolitique et la demande mondiale en levier pour négocier des partenariats équitables, incluant systématiquement des clauses de transfert de technologie et de création d’unités de transformation in situ.



