L’Union africaine (UA) a officiellement lancé, jeudi à Lomé, une nouvelle initiative diplomatique visant à consolider le processus de paix en République démocratique du Congo (RDC) et dans la région des Grands Lacs. Le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a réaffirmé l’engagement “indéfectible” du continent pour mettre fin à la crise qui ravage l’est congolais, lors d’une session préparatoire de haut niveau.
Cette réunion technique, qui a rassemblé un panel d’anciens chefs d’État, des dirigeants des communautés économiques régionales et le ministre togolais des Affaires étrangères, précède un sommet politique à venir. Mahmoud Ali Youssouf a salué l’acceptation par le président togolais Faure Gnassingbé d’un mandat de médiateur de l’UA. Il a surtout insisté sur la nécessité de donner la priorité aux efforts menés par les Africains eux-mêmes, invoquant le principe de “solutions africaines aux problèmes africains”, face à l’échec relatif des multiples médiations passées.
Cette initiative survient dans un contexte de persistance, voire d’aggravation, de la violence dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Malgré la présence de la mission de l’ONU et de forces régionales, les groupes armés, dont le M23 soutenu selon l’ONU et Kinshasa par le Rwanda, continuent leurs attaques, provoquant une crise humanitaire catastrophique. Les relations entre la RDC et le Rwanda restent extrêmement tendues, Kinshasa accusant Kigali d’agression, tandis que ce dernier invoque des menaces pour sa sécurité. Ce conflit aux racines complexes mêle enjeux géopolitiques, concurrence pour les ressources minières et fractures communautaires locales.
L’objectif déclaré de l’UA est d’établir un cadre de dialogue “proactif et inclusif” entre la RDC et le Rwanda, en impliquant les autres pays voisins. Les défis sont immenses. Il s’agira de concilier la souveraineté territoriale de la RDC, une demande non-négociable pour Kinshasa, avec les préoccupations sécuritaires du Rwanda et de l’Ouganda. Le processus devra également s’attaquer aux causes profondes du conflit, souvent locales, et trouver des mécanismes pour soulager le Burundi, confronté à un afflux de réfugiés. Le succès de cette médiation dépendra de la capacité de l’UA à imposer son leadership face à d’autres acteurs internationaux et à obtenir une adhésion sincère de toutes les parties.
Mahmoud Ali Youssouf a, de manière notable, remercié les gouvernements des États-Unis et du Qatar pour leur rôle “essentiel”. Cet élément souligne la réalité de la diplomatie congolaise : les initiatives africaines évoluent dans un écosystème où les puissances extra-africaines, par leur influence politique, financière ou militaire, restent des acteurs incontournables. La mention du Qatar, médiateur de plus en plus actif sur le continent, illustre cette diversification des interlocuteurs.
Le discours de la Commission de l’UA, bien que marquant une volonté affichée de reprendre l’initiative, bute sur des contradictions persistantes. Le principe de “solutions africaines” se heurte à la divergence des intérêts des États membres de l’UA eux-mêmes, certains étant perçus comme proches de Kigali, d’autres de Kinshasa. Par ailleurs, la récurrence des initiatives de paix sans résultats tangibles sur le terrain nourrit un scepticisme croissant parmi les populations civiles directement affectées, pour qui l’urgence est avant tout la cessation des hostilités et l’accès à l’aide humanitaire. L’appel final au “courage, à l’unité et à la responsabilité collective” sonne comme un aveu des divisions qui ont jusqu’ici entravé une action continentale réellement unifiée et efficace.



