Le gisement de fer de Simandou, en Guinée, commence à livrer sa production au marché mondial. Un premier navire transportant près de 200 000 tonnes de minerai à haute teneur, expédié par le consortium exploitant, est arrivé le 17 janvier dans un port chinois, marquant l’aboutissement commercial d’un projet minier parmi les plus ambitieux et complexes de la planète.
Cette première cargaison, réceptionnée par le géant sidérurgique chinois China Baowu Steel, actionnaire du projet, est le résultat tangible du démarrage officiel des opérations minières fin 2025. Elle confirme l’entrée progressive de Simandou dans les circuits d’approvisionnement internationaux. Une seconde cargaison avait déjà quitté la Guinée fin décembre, inaugurant un flux commercial attendu depuis plus de deux décennies. Le projet, une fois à pleine capacité, vise une production annuelle de 120 millions de tonnes.
L’expédition de ces premières tonnes clôt un chapitre marqué par des retards considérables, des batailles juridiques et des renégociations incessantes depuis la découverte du gisement. Situé dans le sud-est guinéen, Simandou est considéré comme l’une des dernières grandes réserves de minerai de fer à haute teneur encore inexploitées. Son développement n’a été rendu possible que par la construction d’un corridor ferroviaire transguinéen de plus de 600 kilomètres, une infrastructure colossale achevée pour évacuer le minerai des zones reculées de la Guinée forestière vers la côte atlantique.
Les perspectives immédiates concernent la montée en puissance de la production, avec un objectif intermédiaire d’environ 60 millions de tonnes par an. À plus long terme, l’impact économique promet d’être transformateur pour la Guinée. Les institutions financières internationales anticipent une augmentation significative du produit intérieur brut et des recettes publiques. Les autorités ambitionnent d’utiliser ces revenus, via le programme Simandou 2040, comme un levier pour financer des infrastructures, l’agriculture et l’industrialisation.
Pour la Chine, principal partenaire et premier destinataire, l’enjeu est stratégique. Cette nouvelle source de minerai de fer, d’une teneur supérieure à 65%, répond à un double impératif. Elle permet de diversifier des approvisionnements aujourd’hui très dépendants de l’Australie et du Brésil, et elle fournit une matière première de qualité nécessaire à la transition vers une sidérurgie moins émettrice de carbone. En sécurisant un accès direct à cette ressource via ses investissements, Pékin renforce son autonomie dans une chaîne d’approvisionnement critique pour son industrie.
L’arrivée de Simandou sur le marché mondial du minerai de fer est aussi susceptible de modifier les équilibres géo-économiques au-delà de la seule relation Guinée-Chine. Des analystes, comme ceux de S&P Global, estiment que la qualité du minerai guinéen intéressera également la sidérurgie européenne, engagée dans sa propre transition bas carbone. L’impact du projet pourrait donc s’étendre à l’ensemble de l’industrie sidérurgique mondiale, en offrant une alternative de premier ordre aux grands fournisseurs traditionnels.



