Les États-Unis ont suspendu, à compter de ce mercredi 21 janvier 2026, l’ensemble des demandes de visas d’immigration permanente pour les ressortissants de 75 pays, dont 26 États africains. Cette mesure, décidée par l’administration du président Donald Trump, affecte directement des pays comme la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Sénégal, le Nigeria ou le Kenya, bloquant pour une durée indéterminée les procédures de regroupement familial et d’accès à l’emploi sur le sol américain.
Contrairement aux visas de tourisme ou d’affaires, cette suspension cible spécifiquement les titres de séjour permanents, principal vecteur de l’immigration légale de long terme. Le Département d’État américain justifie cette décision par la nécessité de revoir en profondeur les critères d’attribution. Il avance que les ressortissants des pays concernés, déjà installés aux États-Unis, recourraient à des aides sociales à des « niveaux inacceptables ». L’objectif affiché est de s’assurer que les futurs immigrants soient « financièrement autonomes » et ne « constituent pas une charge pour les Américains ».
Cette annonce s’inscrit dans la radicalisation de la politique migratoire engagée depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche fin 2025. Dès novembre, le président républicain avait annoncé son intention de « suspendre définitivement l’immigration en provenance de tous les pays du tiers-monde ». Cette approche s’appuie sur une réinterprétation agressive de l’Immigration and Nationality Act. Elle fait suite à d’autres actions musclées, comme la révocation de plus de 100 000 visas et l’expulsion de plus de 600 000 personnes depuis le début de son mandat, créant un climat de restriction sans précédent depuis des décennies.
Présenté comme provisoire, ce gel des visas pourrait s’inscrire dans la durée. Le Département d’État a annoncé qu’il resterait en vigueur tant que les autorités ne pourront pas garantir que les nouveaux migrants ne « puiseront pas dans les richesses du peuple américain ». En parallèle, une révision complète des critères d’éligibilité est en cours. Au-delà des ressources financières, l’âge et l’état de santé des candidats pourraient désormais devenir des facteurs déterminants, remodelant durablement le profil de l’immigration africaine légale aux États-Unis.
Cette politique génère une incertitude considérable pour des milliers de familles africaines engagées dans des procédures souvent longues et coûteuses. Les ambassades américaines sur le continent sont désormais dans l’expectative, attendant des directives claires sur la mise en œuvre des nouveaux critères. Des observateurs notent que l’argument de la « charge financière », brandi pour justifier la suspension, fait l’objet de vifs débats, de nombreuses études soulignant la contribution économique nette positive des immigrants sur le long terme.
L’impact diplomatique de cette décision n’est pas négligeable. Elle place plusieurs gouvernements africains, partenaires stratégiques des États-Unis sur des dossiers sécuritaires ou économiques, dans une position délicate. La mesure est perçue comme une stigmatisation collective, risquant d’éroder le capital de sympathie envers Washington. Elle pourrait également inciter des pays africains à réévaluer leurs propres accords de coopération migratoire et à chercher des alternatives, dans un contexte de compétition mondiale croissante pour les talents.
Au-delà du choc immédiat, cette suspension interroge sur l’évolution du modèle américain d’intégration. En ciblant l’immigration légale et permanente, pilier historique de la construction de la nation, l’administration Trump opère un tournant idéologique majeur. Pour les 26 pays africains concernés, les conséquences seront à la fois humaines, avec des projets de vie suspendus, et structurelles, redéfinissant l’un des axes traditionnels de la relation avec la première puissance mondiale. La durée du gel sera le premier indicateur de la pérennité de ce nouveau paradigme restrictif.



