Le capitaine Ibrahim Traoré, président de la transition burkinabè, a annoncé une accélération des réformes structurelles pour 2026, lors de la cérémonie de montée des couleurs du 26 janvier. Tout en dressant un bilan positif de l’année écoulée, il a fixé des objectifs ambitieux centrés sur la souveraineté alimentaire, la transformation de l’éducation et la sécurisation du territoire.
Le chef de l’État a mis en avant une production agricole record en 2025, soulignant la réussite de cultures dites “nouvelles” pour le pays comme le blé, l’ananas, la vigne, le cacao ou le café. L’objectif affiché dépasse la simple autosuffisance. Il s’agit, par la transformation locale de ces productions, d’asseoir une souveraineté alimentaire durable et de réorienter la consommation vers les produits burkinabè. Sur le front sécuritaire, Traoré a salué les progrès des Forces de défense et de sécurité (FDS) et des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), assurant que le pays avançait vers une reconquête totale de son territoire.
Ce discours volontariste s’inscrit dans un contexte de crise multidimensionnelle. Depuis la prise du pouvoir par Traoré en septembre 2022, le Burkina Faso est confronté à une insécurité jihadiste qui grignote le pays depuis 2015, provoquant des milliers de morts et plus de deux millions de déplacés internes. La priorité absolue du régime reste la sécurité, justifiant une gouvernance d’exception et un recentrage géopolitique marqué par un éloignement de l’ancienne puissance française et un rapprochement avec des partenaires comme la Russie. Les annonces économiques et éducatives visent ainsi à légitimer la transition par des résultats concrets sur le front du développement, dans un pays où la majorité de la population vit de l’agriculture.
Les perspectives pour 2026, telles que présentées, sont exigeantes. La “réforme profonde” du système éducatif, avec la création de nombreux lycées professionnels et techniques, ainsi que l’achèvement d’une université technologique, répond à un urgent besoin de qualification des jeunes dans un pays au chômage endémique. Sur le plan logistique, l’accent mis sur l’avancement des travaux de l’autoroute Ouagadougou-Bobo-Dioulasso, artère économique vitale, est crucial. Cependant, la réalisation de ces projets ambitieux dépendra étroitement de l’évolution du contexte sécuritaire, qui mobilise l’essentiel des ressources humaines et financières, et de la capacité de l’État à financer de lourds investissements infrastructurels dans un climat économique régional difficile.
La promotion de cultures à haute valeur ajoutée comme le cacao ou la vigne illustre une volonté de diversification audacieuse, mais elle soulève des questions agronomiques et de compétitivité. Le succès reposera sur un accompagnement technique soutenu et une maîtrise des coûts de production face aux marchés internationaux. Par ailleurs, le modèle de développement prôné, fondé sur l’État-stratège et l’auto-suffisance, marque une rupture avec certaines politiques économiques passées, sans garantie de résultats à court terme.
Enfin, le discours du président reste silencieux sur plusieurs défis majeurs. Les délais précis des réformes, leurs modalités de financement et les indicateurs de succès concrets ne sont pas détaillés. La question des libertés civiles et de l’inclusion politique, dans un contexte de transition prolongée sans calendrier électclair précis, n’est pas abordée. L’efficacité réelle de la stratégie sécuritaire, malgré les annonces de progrès, continue d’être éprouvée par des attaques récurrentes. Le bilan positif dressé pour 2025 devra donc être corroboré par des faits tangibles et une amélioration palpable des conditions de vie des Burkinabè en 2026, seule mesure ultime de la réussite des ambitions annoncées.



