L’Alliance pour la République (APR), le parti de l’ancien président sénégalais Macky Sall, procède à une importante vague de nominations au sein de ses instances dirigeantes. Depuis sa résidence au Maroc, où il s’est installé après la défaite de la présidentielle de mars 2024, l’ex-chef de l’État a signé un arrêté le 20 janvier dernier intégrant 25 nouveaux cadres, avec une attention particulière portée aux femmes et aux jeunes.
Cette restructuration interne vise explicitement à renforcer le parti et à « mieux refléter la tendance démographique du Sénégal », selon Hamidou Anne, un cadre nommé en juillet. Parmi les 25 nouveaux venus, on compte sept femmes, dont Néné Fatoumata Tall, à la tête du mouvement des femmes de l’APR. Une autre innovation est la création d’une cellule de huit porte-paroles, coordonnée par l’ancien ministre de la Communication Moussa Bocar Thiam, où trois femmes sont également présentes. Cette manœuvre est interprétée par d’anciens responsables, comme Seydou Gueye, comme une « stratégie de reconquête du pouvoir ».
Cette recomposition intervient dans un contexte de fragilité historique pour l’APR. Après douze ans à la tête du Sénégal (2012-2024), Macky Sall et son parti ont subi une défaite cinglante lors de l’élection présidentielle face à la coalition de Bassirou Diomaye Faye et d’Ousmane Sonko, portée par le parti Pastef. Cette déroute électorale s’est accompagnée d’un départ de militants, affaiblissant considérablement l’appareil du parti. L’APR, longtemps machine de conquête et de conservation du pouvoir, se trouve donc dans une phase de reconstruction et de réaffirmation de son identité.
Les perspectives de l’APR sont désormais tournées vers les prochaines échéances électorales, en premier lieu les élections locales de 2027. La nomination de nouveaux cadres et le renforcement affirmé du maillage territorial du parti visent à préparer cette bataille. Au-delà du simple redéploiement, l’objectif est double : regagner en visibilité sur la scène politique nationale et se positionner comme l’héritier légitime des réalisations économiques et politiques de l’ère Sall, tout en tentant de séduire un électorat plus jeune et féminin.
Pour le professeur de sciences politiques Papa Ogo Seck, l’APR est engagé dans une « logique de survie politique et de dignité ». Ces nominations ne sont pas qu’un simple renouvellement générationnel ou genré. Elles constituent une tentative de renflouer les effectifs et l’image d’un parti en perte de vitesse, tout en répondant à la nécessité de rester audible dans un paysage politique désormais dominé par l’équipe au pouvoir. Le fait que Macky Sall orchestre cette mue depuis l’étranger ajoute une dimension particulière à ce processus, interrogeant sur son rôle futur et son mode d’influence au sein du parti.
Le succès de cette stratégie de reconquête reste incertain. Elle se heurtera à la popularité actuelle du pouvoir en place et à la capacité du parti à se réinventer véritablement après sa défaite. La volonté affichée d’intégrer plus de jeunes et de femmes devra se concrétiser par un changement de pratiques et une offre politique renouvelée, dépassant le seul calcul électoral. L’enjeu pour l’APR est de prouver qu’il demeure une force politique crédible et non simplement le véhicule d’un ancien président, dans un Sénégal où l’opposition devra se montrer à la hauteur des attentes d’un électorat en profonde mutation.



