Le gouvernement de transition burkinabè, dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, a décidé de dissoudre l’ensemble des partis et organisations politiques du pays. Cette mesure radicale, adoptée en Conseil des ministres, marque la suspension de fait de toute activité politique partisane et représente un tournant autoritaire sans précédent depuis la prise de pouvoir par la junte en septembre 2022.
Concrètement, l’exécutif a pris deux décisions majeures. Un décret a été émis pour procéder à la dissolution pure et simple de tous les partis et formations politiques. Parallèlement, un projet de loi a été adopté en vue d’abroger les textes législatifs qui encadraient leur fonctionnement, leur financement, ainsi que le statut officiel du Chef de file de l’opposition. Selon les autorités, cette décision se justifie par la “multiplication des partis” qui aurait engendré des “dérives”, favorisé la division des citoyens et fragilisé le tissu social national.
Ce coup de force politique s’inscrit dans un contexte de verrouillage croissant de l’espace public depuis l’arrivée au pouvoir d’Ibrahim Traoré. Après une série de coups d’État en 2022, le Burkina Faso, en proie à une insurrection jihadiste majeure, est gouverné par une junte militaire qui a progressivement érodé les libertés civiles, repoussé sine die les élections promises et marginalisé les acteurs politiques civils. La dissolution des partis achève de vider de sa substance toute perspective de transition démocratique à court terme.
Les perspectives à court et moyen terme sont celles d’une consolidation du régime militaire sous un format clairement autoritaire, sans contre-pouvoir politique structuré. La junte semble privilégier une approche de mobilisation nationale autour de la sécurité et de la souveraineté, évacuant le pluralisme d’idées. À plus long terme, cette dissolution pose la question cruciale de la future architecture politique du pays et du chemin, désormais obscurci, pour un retour à un ordre constitutionnel.
Cette décision suscite de vives interrogations sur le plan juridique et symbolique. En abolissant le cadre légal des partis, le pouvoir militaire efface un pilier fondamental des républiques qui se sont succédé depuis l’indépendance. Elle enterre notamment la loi de 2014 qui instaurait un financement public des partis et un statut pour l’opposition, des avancées issues de l’insurrection populaire de 2014.
Sur le plan régional, cette étape place le Burkina Faso dans une trajectoire similaire à celle du Mali voisin, où la junte au pouvoir a également interdit les activités des partis politiques. Elle signe l’affirmation d’un “modèle” de gouvernance militaire et sécuritaire hostile au multipartisme, en rupture avec les principes de la CEDEAO. La communauté internationale, déjà distante, observe cette dérive d’un œil critique, mais son influence sur le régime de Ouagadougou semble aujourd’hui très limitée.
Enfin, cette dissolution laisse les anciens acteurs politiques dans un vide complet. Sans structures légales, leurs capacités d’action et d’expression sont annihilées. Le champ politique se réduit désormais à l’action du gouvernement militaire et potentiellement à des organes de participation citoyenne contrôlés par le régime, recentrant tout le débat national sur la seule question sécuritaire et sur la légitimité de la junte à conduire cette guerre.



