L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) s’apprête à devenir le théâtre d’une confrontation diplomatique ouverte entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda. Kinshasa a annoncé son intention de présenter un candidat à la succession du poste de secrétaire générale, actuellement occupé par la Rwandaise Louise Mushikiwabo, qui brigue un troisième mandat. Cette rivalité cristallise les profondes tensions bilatérales.
La RDC justifie sa décision par un profond désaccord avec la gestion de l’organisation par Louise Mushikiwabo, en poste depuis 2018. Les autorités congolaises lui reprochent avec insistance sa neutralité perçue, voire sa complaisance, face aux agissements du Rwanda qu’elles accusent de soutenir les groupes armés opérant dans l’est du Congo. Ce mécontentement s’était déjà traduit par des gestes d’humeur, comme des absences sur des photos officielles, culminant avec la non-venue de la secrétaire générale aux Jeux de la Francophonie à Kinshasa en 2023.
Ce face-à-face s’inscrit dans un contexte de crise sécuritaire et de défiance durable entre les deux pays. Kinshasa accuse Kigali de soutenir militairement le mouvement rebelle du M23, une accusation étayée par plusieurs rapports d’experts des Nations unies mais que le Rwanda dément. La relation au sein de l’OIF n’a ainsi cessé de se dégrader, certains conseillers du président Félix Tshisekedi ayant même évoqué, ces derniers mois, une possible suspension de la participation congolaise ou un retrait de l’organisation, jugée inefficace et partiale.
Les perspectives pour l’élection, prévue lors du prochain sommet, restent incertaines. La campagne de Louise Mushikiwabo, qui bénéficierait du soutien de plusieurs capitales influentes, serait déjà bien engagée. Pour la RDC, le défi sera double : trouver un candidat consensuel capable de rassembler au-delà du seul camp francophone africain, et convaincre dans une organisation où les décisions se prennent traditionnellement par consensus. Une issue possible, évoquée par certains diplomates, serait l’émergence d’un candidat de compromis, issu d’une troisième nation, si le blocage entre les deux parties devait persister.
La capacité de Kinshasa à mener une campagne diplomatique efficace est mise à l’épreuve. Le gouvernement congolais affirme vouloir “assumer pleinement son leadership” au sein de l’OIF, mais il devra compenser le retard pris et convertir sa forte légitimité de plus grand pays francophone en soutiens concrets. Cette bataille dépasse la simple question de la personne ; elle interroge la capacité de l’OIF à maintenir son unité face à des conflits régionaux qui déchirent ses membres.
Au-delà du duel personnel, cet épisode révèle les limites de la Francophonie comme espace de médiation politique. L’institution, conçue pour promouvoir la langue et les valeurs communes, semble impuissante à apaiser les dissensions les plus vives entre ses membres. Le résultat de cette succession sera donc un indicateur crucial du poids réel de la RDC sur la scène diplomatique francophone et de l’influence persistante ou déclinante de Kigali, dans un environnement où les alliances sont en constante recomposition.



