Le géant industriel nigérian Dangote a conclu des accords d’approvisionnement en gaz naturel avec la Nigerian National Petroleum Company (NNPC) pour trois de ses principales filiales. Ces contrats visent à sécuriser l’énergie nécessaire à leurs ambitieux projets d’expansion, alignant les intérêts du conglomérat privé avec la nouvelle feuille de route gazière de l’État.
Les entités Dangote Refinery, Dangote Cement et Dangote Fertiliser ont signé des accords élargis de vente et d’achat de gaz (GSPA) avec deux filiales de la NNPC. Ces contrats répondent directement à l’augmentation anticipée de leurs besoins énergétiques. Pour la raffinerie et l’usine d’engrais, le gaz naturel est une matière première cruciale. Pour le cimentier, il s’agit à la fois de garantir sa production et de développer l’usage du gaz naturel comprimé (GNC) pour son transport industriel, dans une optique de transition énergétique.
Ces signatures sont intervenues lors du lancement du « NNPC Gas Master Plan 2026 ». Ce contexte est essentiel. Le Nigeria, détenteur des premières réserves de gaz d’Afrique, peine historiquement à les valoriser pour son développement interne, notamment à cause d’infrastructures insuffisantes et d’un approvisionnement peu fiable. Le nouveau plan stratégique de la compagnie publique entend remédier à cette situation. Il s’inscrit dans une relation déjà ancienne entre la NNPC et Dangote, renforcée l’an dernier par un accord décennal pour la fourniture de gaz à la raffinerie de Lekki.
Les perspectives ouvertes par ces contrats sont doubles. Pour le groupe Dangote, ils verrouillent un approvisionnement stratégique, permettant de planifier sereinement ses augmentations de capacités. Pour le Nigeria, ils consacrent Dangote comme un pilier industriel de la stratégie gazière nationale. Le Gas Master Plan 2026 ambitionne en effet de porter la production nationale à 12 milliards de pieds cubes par jour d’ici 2030 et de catalyser plus de 60 milliards de dollars d’investissements. La demande sûre représentée par un tel consortium industriel est un argument fort pour justifier de nouveaux investissements dans les infrastructures gazières.
L’analyse des déclarations des parties prenantes révèle leurs priorités. David Bird, directeur général de Dangote Refinery, y voit une « étape critique » et une mesure « proactive » pour sécuriser l’expansion. Du côté public, le directeur général de la NNPC, Bashir Bashir, présente le master plan comme une « feuille de route orientée vers l’exécution », soulignant la volonté de transformer le potentiel en réalité industrielle. L’accent est mis sur une approche collaborative avec les investisseurs privés, dont Dangote est l’archétype.
Au-delà du cas Dangote, la stratégie nigériane mise explicitement sur le gaz comme « pilier » de sa sécurité énergétique et de sa transition juste. Elle privilégie une optimisation des coûts et cible plusieurs marchés domestiques : production d’électricité, GNC, mais aussi grands consommateurs industriels. La réussite de ce partenariat avec le premier groupe industriel du pays servira donc de test et de modèle pour attirer d’autres investissements dans la chaîne de valeur, avec l’objectif sous-jacent de réduire la dépendance aux importations de produits raffinés et de stimuler l’industrialisation locale.



