De nouveaux documents judiciaires américains liés à Jeffrey Epstein éclairent l’étendue méconnue des activités du milliardaire déchu en Afrique. Ces archives, diffusées en application d’une loi de 2025, ne mentionnent pas de crimes sexuels sur le continent mais révèlent un réseau d’influence économique et des méthodes musclées déployées dans plusieurs pays, du Nigeria au Sénégal.
Les documents détaillent des interventions directes et des stratégies d’influence. Au Sénégal, en 2016, Epstein affirme dans un courriel être intervenu pour son “ami” Karim Wade, le fils de l’ancien président Abdoulaye Wade, alors emprisonné. Le magnat prétend avoir réglé un solde financier et évoque l’exercice de pressions diplomatiques sur le président Macky Sall, qui graciera Karim Wade quelques mois plus tard. Les archives montrent également son implication dans des négociations d’armement et de surveillance en Côte d’Ivoire au sortir de la crise post-électorale de 2010-2011.
Ces révélations s’inscrivent dans le sillage judiciaire long et complexe de l’affaire Epstein, qui a éclaté au grand jour aux États-Unis concernant des trafics sexuels. La loi votée fin 2025 a forcé la déclassification de millions de pièces, offrant une plongée inédite dans les coulisses de son empire. En Afrique, Epstein exploitait les périodes de vulnérabilité politique ou économique pour proposer ses services d’intermédiaire, souvent liés à la sécurité ou à la défense, tissant ainsi des liens avec des cercles de pouvoir.
L’impact de ces révélations sur le continent reste à mesurer. Si la Fondation Zuma en Afrique du Sud a déjà rejeté toute connexion, les allégations concernant d’autres pays pourraient susciter des réactions officielles ou des enquêtes parlementaires. La lumière portée sur ces pratiques opaques interroge la nature de certaines relations d’affaires et d’influence entre des figures étrangères controversées et des élites africaines. L’affaire pourrait raviver des débats sur la gouvernance et la transparence.
La figure de Nina Keita, citée près de 300 fois dans les documents, illustre la profondeur de ces réseaux. Son rôle, comme celui d’anciens responsables israéliens évoqués dans les câbles, montre comment Epstein s’appuyait sur un écosystème d’intermédiaires pour pénétrer les marchés africains. Ces acteurs facilitaient des introductions dans des cercles très fermés, souvent familiaux, comme avec le fils et la nièce du président ivoirien Alassane Ouattara.
Le silence actuel des gouvernements directement mis en cause est notable. L’absence de réactions, à l’exception sud-africaine, contraste avec la précision des courriels publiés. Cela pose la question de l’opacité entourant ce type de relations et des difficultés, pour les opinions publiques africaines, d’obtenir des comptes-rendus clairs sur des interactions ayant pu influencer des décisions nationales sensibles, notamment en matière de sécurité ou de justice.
Au-delà du scandale criminel, les documents Epstein dessinent la carte d’une influence économique et politique tentaculaire. Pour l’Afrique, ils révèlent un chapitre sombre où la vulnérabilité de certains États a pu être perçue comme une opportunité d’affaires par des réseaux opérant à la lisière de l’éthique et de la légalité. Cette affaire rappelle la nécessité d’une vigilance accrue contre l’exploitation des fragilités continentales par des acteurs étrangers peu scrupuleux.



