L’Éthiopie prévoit une croissance économique de 10,2% pour l’exercice budgétaire 2025/2026. Cette prévision révisée à la hausse a été annoncée par le Premier ministre Abiy Ahmed devant le Parlement, marquant un retour anticipé aux niveaux de croissance vigoureux d’avant la pandémie de Covid-19.
Ce taux, supérieur aux 8,9% initialement projetés par le ministère des Finances en juin 2025, s’appuie sur les performances du premier semestre. Le gouvernement cite notamment les secteurs des exportations de marchandises, des investissements directs étrangers (IDE), de l’agriculture et de l’exploitation minière comme principaux moteurs. Sur les six premiers mois, les exportations de biens ont généré 5,1 milliards de dollars, les services 4,5 milliards, et les IDE 2,3 milliards.
Cette perspective optimiste contraste avec une séquence de crises majeures qui ont frappé le pays ces dernières années. Après une décennie de croissance annuelle avoisinant les 10%, l’économie éthiopienne a été successivement affectée par la pandémie, une guerre civile de deux ans dans la région du Tigré, et des épisodes climatiques extrêmes. Parallèlement, le pays a dû gérer une dette extérieure insoutenable, ayant fait défaut sur son eurobond en 2023 avant de conclure un accord de principe avec ses créanciers officiels sur la restructuration de 8,4 milliards de dollars en mars 2025.
La réalisation de cet objectif de croissance reste conditionnée à plusieurs facteurs. Elle dépend de la poursuite des réformes structurelles engagées, comme la libéralisation du taux de change et l’ouverture aux investisseurs privés. La stabilité politique interne, la résilience face aux aléas climatiques et la finalisation des accords avec tous les créanciers, y compris les détenteurs d’obligations, seront également déterminantes pour consolider cette reprise et atteindre l’objectif affiché de “croissance de haute qualité”.
Abiy Ahmed a explicitement lié ces résultats aux réformes économiques de son gouvernement. Il a souligné des mesures telles que la levée complète des restrictions de change dans les zones économiques spéciales, visant à corriger les déséquilibres macroéconomiques et à alléger le fardeau de la dette. L’ambition affichée est de réorienter l’économie vers une structure plus diversifiée, réduisant sa dépendance historique à l’agriculture.
Le Premier ministre a présenté cette performance comme un succès d’autant plus notable que le pays ne dispose pas de ressources pétrolières. Cette croissance, si elle se concrétise, pourrait redynamiser l’économie de la Corne de l’Afrique et offrir une marge de manœuvre budgétaire accrue au gouvernement. Elle pourrait également renforcer l’attractivité du pays auprès des investisseurs internationaux, dans un contexte régional complexe.



