Le Maroc a concrétisé, jeudi à Rabat, une étape décisive de sa stratégie énergétique avec la signature des premiers contrats préliminaires de réservation foncière pour des méga-projets d’hydrogène vert. Cette signature, intervenue en présence du chef du gouvernement Aziz Akhannouch, acte l’engagement formel de cinq consortiums internationaux et nationaux, présélectionnés en mars dernier, et ouvre la voie à la matérialisation d’investissements estimés à 319 milliards de dirhams (environ 29,44 milliards d’euros).
Ces contrats fonciers concernent l’implantation des cinq projets dans les trois régions du Sud marocain, à savoir Guelmim-Oued Noun, Laâyoune-Sakia El Hamra et Dakhla-Oued Ed-Dahab. Ils font suite à un processus de sélection rigoureux conduit par un comité de pilotage présidé par M. Akhannouch, évaluant les dossiers sur des critères techniques, économiques et environnementaux. Cette signature permet désormais aux lauréats d’engager les études détaillées et le bouclage financier de leurs projets, qui couvriront l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production d’électricité renouvelable à la transformation en hydrogène vert et ses dérivés comme l’ammoniac.
Cette avancée s’inscrit dans le cadre de « l’Offre Maroc », une initiative gouvernementale lancée pour structurer et accélérer le développement de la filière. Elle découle directement de la vision royale, formalisée dès 2021, qui vise à positionner le Royaume comme un exportateur majeur d’énergies vertes, capitalisant sur son immense potentiel solaire et éolien. Le Maroc, qui ambitionne de porter la part des renouvelables dans son mix électrique à plus de 52% d’ici 2030, voit dans l’hydrogène vert un levier stratégique pour renforcer son indépendance énergétique et transformer sa position géographique en hub de production et d’exportation vers l’Europe et au-delà.
Les perspectives immédiates se concentrent sur la finalisation des accords définitifs et le démarrage effectif des travaux. La mise en œuvre de ces projets structurants devrait catalyser la création d’un écosystème industriel local, stimuler l’innovation et générer des emplois qualifiés. À plus long terme, le succès de cette première vague est crucial pour attirer d’autres capitaux et confirmer la crédibilité du Maroc sur ce marché mondial en émergence, où la concurrence, notamment avec la Mauritanie, la Namibie ou l’Afrique du Sud, s’intensifie.
L’implication de l’Agence marocaine pour l’énergie durable (MASEN), dirigée par Tarik Moufaddal, est un signal fort. MASEN, experte dans le développement de complexes renouvelables intégrés, apportera son savoir-faire en matière de montage de projets et de gestion de terrains publics. Le gouvernement a insisté sur la mise en place de mécanismes spécifiques pour assurer une exploitation optimale et préservatrice des vastes étendues foncières mobilisées, dans des régions sensibles sur le plan écologique et social.
La réussite de cette ambitieuse feuille de route dépendra de plusieurs facteurs critiques. Le premier est la capacité à sécuriser des débouchés commerciaux fermes via des accords d’achat à long terme, notamment avec les partenaires européens. Le second réside dans la maîtrise des coûts de production et de logistique pour rester compétitif face aux autres futurs exportateurs. Enfin, cette industrialisation du Sahara posera inévitablement la question de son impact socio-économique local et de la juste répartition des retombées, un sujet qui devra être au cœur de la phase de concrétisation pour garantir la pérennité du modèle.
En définitive, avec ces signatures, le Maroc passe de la phase des intentions à celle des engagements contractuels. Il mise sur une fenêtre d’opportunité historique pour transformer son capital naturel en vecteur de souveraineté et de croissance durable. La vigilance s’impose cependant, car la route vers une économie de l’hydrogène viable est longue, coûteuse et semée d’incertitudes technologiques et de marché. Le Royaume a lancé ses dés ; il lui faut maintenant construire, avec la même rigueur, tout l’écosystème industriel et commercial qui fera de cette vision une réalité économique.



