L’Angola, la Namibie et la République démocratique du Congo (RDC) ont finalement accepté de reprendre des ressortissants que le Royaume-Uni souhaite expulser. Ce revirement fait suite à la menace de Londres d’imposer des restrictions de visas à ces pays, une mesure déjà appliquée contre Kinshasa en décembre dernier. Près de 4000 individus, qualifiés de “criminels” ou de migrants irréguliers par les autorités britanniques, sont concernés par ces expulsions.
La ministre britannique de l’Intérieur, Shabana Mahmood, a instauré un véritable chantage diplomatique. En décembre, face au refus initial de la RDC, elle a suspendu les traitements préférentiels et les procédures accélérées de demande de visa pour les Congolais. Cette pression, combinée à la menace d’étendre ces sanctions à l’Angola et à la Namibie, a conduit les trois capitales africaines à céder. L’accord ouvre la voie au retour forcé de milliers de personnes, dont le statut juridique reste souvent flou selon les organisations de défense des droits humains.
Cette offensive s’inscrit dans la politique de fermeture migratoire stricte du gouvernement travailliste britannique, désireux de tenir ses promesses électorales de réduire l’immigration irrégulière. Elle s’appuie sur un levier puissant : le contrôle de l’accès à l’espace Schengen. En effet, les visas britanniques sont souvent perçus comme un sésame pour l’Europe, faisant de leur restriction une arme diplomatique redoutable contre des États africains dont les élites et les étudiants sont particulièrement affectés. Historiquement, le Royaume-Uni use de cette méthode depuis des années, mais l’extension à plusieurs pays d’une région stratégique marque un durcissement.
Les perspectives sont sombres pour les droits des migrants. Cet accord pourrait créer un précédent incitant d’autres pays européens à adopter une diplomatie coercitive similaire, affaiblissant davantage le système de protection internationale. Pour les pays de retour, la réintégration de milliers d’individus, parfois éloignés depuis longtemps, représente un défi social et économique majeur, non financé par Londres. Enfin, cette dynamique risque d’aggraver la stigmatisation des diasporas africaines en Europe, systématiquement associées à la criminalité dans le discours politique.
La réaction sur le continent est unanimement critique. Des experts en relations internationales dénoncent une entrave flagrante au principe de libre circulation et une négation des aspirations de développement liées à la mobilité. Plusieurs dirigeants africains, sous couvert d’anonymat, ont fustigé des méthodes qu’ils jugent néocoloniales, rappelant que les accords de réadmission doivent être négociés et non imposés sous la menace. Ils pointent l’asymétrie d’un rapport de force où le Nord utilise l’accès à son territoire comme une monnaie d’échange, sans se soucier des causes profondes des migrations.
Au delà des principes, cette affaire révèle les failles de la solidarité africaine sur les questions migratoires. Aucune instance continentale, ni l’Union africaine ni les communautés économiques régionales, n’a été en mesure de coordonner une réponse commune ou de servir de médiateur pour négocier un cadre plus équitable avec Londres. Cette incapacité laisse chaque État seul face à la puissance britannique, fragilisant la position de l’ensemble du continent. L’urgence d’une politique migratoire africaine unifiée et ferme, capable de défendre les droits des diasporas, n’a jamais été aussi criante.



