Le président rwandais Paul Kagame a lancé une charge virulente contre la communauté internationale et le pouvoir congolais, jeudi 5 février, lors de l’ouverture du Dialogue national à Kigali. Réagissant aux pressions croissantes concernant l’implication présumée du Rwanda dans le conflit à l’est de la République démocratique du Congo (RDC), il a catégoriquement rejeté les accusations de pillage des ressources et de soutien aux rebelles, tout en défiant ouvertement les menaces de sanctions.
Dans un discours fleuve, le chef de l’État a dénoncé un récit qu’il juge biaisé et injuste. Il a affirmé que les discussions se focalisaient indûment sur des « menaces » à l’encontre de Kigali plutôt que sur les racines du problème. Kagame a notamment fustigé le président congolais Félix Tshisekedi, l’accusant de proférer des insultes et des menaces sans être tenu pour responsable. Sur la question sensible de la présence de troupes rwandaises en RDC, il a adopté une rhétorique évasive, arguant qu’une réponse positive ou négative servirait de prétexte pour faire porter au Rwanda l’ensemble des maux du Congo.
Cette sortie musclée s’inscrit dans un regain de tensions régionales. Depuis la réactivation de l’offensive du mouvement rebelle du M23 fin 2021, Kinshasa et une série de rapports d’experts de l’ONU accusent Kigali de soutenir militairement ce groupe, une allégation constamment niée par le Rwanda. En retour, Kigali dénonce depuis des décennies la présence et les activités des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), une milice issue des génocidaires hutus de 1994, sur le sol congolais, et l’inaction de Kinshasa à son égard. Ce différend historique empoisonne les relations entre les deux pays et paralyse les mécanismes de paix régionaux.
La posture de défi adoptée par Paul Kagame laisse peu présager un apaisement immédiat. Elle intervient alors que des partenaires occidentaux, notamment les États-Unis, ont multiplié les appels à la retenue et évoqué des sanctions potentielles. Cette escalade verbale risque de compliquer davantage les efforts de médiation diplomatiques, notamment ceux de l’Angola et de la Communauté d’Afrique de l’Est. Les perspectives sont donc à une continuation, voire à une intensification, du conflit dans l’est du Congo, avec son cortège de violations des droits humains et de déplacements massifs de population.
L’argument économique avancé par Kagame pour réfuter les accusations de pillage est révélateur de sa narration. En déclarant que « si nous étions en RDC pour les minerais, le Rwanda serait 100 fois plus riche », il tente de retourner le stéréotype du prédateur économique pour mettre en avant le développement, souvent salué, de son pays. Ce discours s’adresse autant à un public international sceptique qu’à sa base nationale, qu’il rassemble derrière un narratif de résistance à une injustice perçue. Le choix du Dialogue national, un forum de consultation traditionnel, pour tenir ce langage confère à sa déclaration une solennité particulière et une portée domestique.
La réaction de la communauté internationale à cette nouvelle provocation sera scrutée. Jusqu’à présent, malgré des preuves accablantes présentées par le groupe d’experts de l’ONU, les mesures concrètes contre Kigali sont restées limitées, en raison de son rôle de partenaire sécuritaire clé dans la région et de son image de pays bien géré. La capacité de Kagame à défier ouvertement ces pressions met en lumière les divisions et les impasses de la diplomatie internationale face à ce conflit complexe. Elle soulève une question centrale : la communauté internationale est-elle prête à passer des déclarations d’inquiétude à des actions coercitives significatives, au risque d’une déstabilisation plus large ?



