Le dixième Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique, prévu les 20 et 21 avril prochains, se présente d’ores et déjà comme un événement charnière. Le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Niang, a annoncé que cette édition ambitionnait de marquer “un tournant décisif” pour la plateforme, tout en consolidant la position du Sénégal comme un hub diplomatique incontournable sur le continent.
Placée sous le thème “L’Afrique face aux défis de stabilité, d’intégration et de souveraineté : quelles solutions durables ?”, cette édition anniversaire vise à dépasser le simple cadre des discussions. Elle réunira, comme à l’accoutumée, un aréopage d’acteurs étatiques, d’experts, de partenaires internationaux, ainsi que des représentants du secteur privé et de la société civile. L’objectif affirmé est de pérenniser ce forum et d’en faire un instrument opérationnel de réflexion stratégique sur les enjeux sécuritaires africains.
Cette volonté de “tournant” s’inscrit dans un contexte continental particulièrement volatile. La prolifération des conflits, la montée persistante du terrorisme et de l’extrémisme violent, la criminalité organisée transnationale, les instabilités économiques et les défaillances de gouvernance forment un cocktail explosif. Ces défis multiples rendent obsolètes les approches purement sécuritaires et militaires, imposant une réflexion renouvelée sur les liens intrinsèques entre sécurité, développement et bonne gouvernance.
Les perspectives qui découleront de ce forum seront donc scrutées à la loupe. La pression est forte pour que les travaux débouchent sur des recommandations concrètes et des feuilles de route partagées. L’accent mis sur la “souveraineté” par les organisateurs laisse présager une volonté de promouvoir des solutions endogènes, libres de modèles extérieurs inadaptés. L’enjeu sera de traduire ce concept en capacités réelles de prévention, de résilience et d’intégration régionale.
L’insistance de Cheikh Niang sur une souveraineté définie comme “la capacité à faire des choix libres, éclairés et adaptés aux réalités du continent” est un signal politique fort. Elle résonne comme une critique indirecte des approches souvent imposées par les partenaires internationaux. Cette position place le forum à l’intersection délicate entre la nécessité d’une coopération internationale et l’exigence d’une appropriation africaine des réponses aux crises.
La réussite de cette édition se mesurera à sa capacité à innover. Au-delà des déclarations d’intention, les observateurs attendront des mécanismes de suivi concrets pour les propositions émises. La pérennisation du forum comme espace de dialogue est une chose, son impact sur les politiques publiques des États membres en est une autre. Le “tournant décisif” ne sera réellement acté que si les discussions stratégiques influencent durablement les décisions des capitales africaines en matière de sécurité collective et de gouvernance.



