Pour la première fois, l’Afrique aborde les Jeux olympiques d’hiver avec l’ambition affichée de décrocher une médaille. Lors des épreuves de Milan-Cortina, du 6 au 22 février 2026, huit nations du continent seront représentées par quinze athlètes, un record récent qui symbolise une volonté de passer du simple statut de participant à celui de compétiteur.
Cette délégation africaine, la plus importante depuis PyeongChang 2018, est engagée dans des disciplines traditionnellement dominées par les pays aux climats froids. L’Afrique du Sud mène le contingent avec cinq athlètes, comme la skeletoneuse Nicole Burger. Le Bénin et la Guinée-Bissau feront leurs débuts, respectivement portés par le skieur alpin Nathan Tchibozo et par Winston Tang. Des figures expérimentées seront présentes, telles que la Kényane Sabrina Simader, l’Érythréen Shannon Abeda (pour ses troisièmes Jeux) ou le Nigérian Samuel Ikpefan, renforçant l’espoir d’une performance notable.
La participation africaine aux JO d’hiver reste un phénomène marginal et récent, intimement lié à la diaspora. La grande majorité des qualifiés sont binationaux, formés et entraînés en Europe ou en Amérique du Nord, faute d’infrastructures adéquates sur le continent. Le véritable pionnier fut le Sénégalais Lamine Gueye, premier skieur d’Afrique subsaharienne à participer, en 1984 à Sarajevo. Malgré son parcours inspirant et la création de fédérations nationales, aucun athlète africain n’a encore gravi le podium olympique hivernal.
L’enjeu pour Milan-Cortina 2026 dépasse la quête symbolique d’une première médaille. Il s’agit de consolider une dynamique et d’ancrer une présence durable. Une performance historique pourrait potentiellement stimuler un intérêt local, attirer des investissements pour des infrastructures de glace artificielle ou d’entraînement en altitude, et encourager les fédérations nationales. L’absence de médaille, en revanche, risquerait de perpétuer le récit d’une participation anecdotique, dépendante des talents expatriés.
Cette délégation soulève des questions structurelles sur le développement des sports d’hiver en Afrique. La présence repose sur des parcours individuels et souvent onéreux, loin des circuits de formation traditionnels. Des initiatives émergent, comme les projets de skieurs madagascares formés en France, mais elles peinent à créer un écosystème viable. L’Afrique du Sud, avec son relatif hiver austral, apparaît comme le pays le plus à même de développer une filière domestique, bien qu’encore limitée.
Au delà des statistiques, la présence de ces athlètes porte une forte charge symbolique. Ils défient les stéréotypes associant le continent exclusivement à la chaleur et aux sports d’été. Leur participation, même modeste, contribue à élargir la carte mondiale des sports d’hiver. Elle témoigne aussi de la globalisation du sport de haut niveau, où les identités et les allégeances sportives deviennent de plus en plus complexes et transnationales.
La route vers le podium reste extrêmement exigeante. La concurrence est féroce et les budgets des nations africaines sont sans commune mesure avec ceux des grandes puissances du ski ou du patinage. L’objectif immédiat pour 2026 sera peut être moins une médaille, qu’une place en finale ou un top 15 significatif, preuve de progrès technique tangible. Ces résultats pourraient constituer les véritables fondations d’une future percée, en inspirant une nouvelle génération sur le continent même.



