Le Golfe de Guinée redevient un épicentre stratégique de l’exploration pétrolière et gazière mondiale. Sous l’effet conjugué de découvertes majeures et de réformes réglementaires dans plusieurs pays, les majors internationales renforcent ou réaffirment leur présence de l’Angola au Sénégal, dans une course pour sécuriser de nouvelles réserves.
Cette ruée vers l’offshore ouest-africain est principalement motivée par une pression structurelle sur les portefeuilles d’actifs des grandes compagnies. Selon Wood Mackenzie, au rythme de production actuel, leurs réserves commerciales pourraient être épuisées d’ici une vingtaine d’années. Face à une demande mondiale en hydrocarbures qui, selon l’Agence Internationale de l’Énergie, pourrait croître jusqu’en 2050, et à un plafonnement de la production de schiste américain, le Golfe de Guinée apparaît comme l’une des dernières régions offrant un potentiel géologique significatif et un accès à l’offshore profond.
Ce regain d’intérêt marque un retournement après plusieurs années de discipline financière et de réduction des dépenses d’exploration post-Covid. Il s’inscrit aussi dans le contexte d’une compétition géostratégique pour les ressources et d’une volonté des États producteurs de relancer une production souvent en déclin. La région, qui a fourni environ 11% des hydrocarbures découverts dans le monde depuis 2020 selon S&P Global, redevient un axe majeur de la planification énergétique des grands groupes.
Les perspectives à moyen terme dépendront de la capacité des acteurs à transformer les découvertes en production commerciale. Une stabilisation, voire une augmentation de la production régionale est envisageable si les cadres contractuels restent attractifs. Cependant, cette trajectoire est conditionnée à la viabilité économique des projets en eaux ultra-profondes, dont les coûts techniques et d’infrastructure restent très élevés.
Le repositionnement des majors est tangible. TotalEnergies a finalisé de nouveaux contrats de partage de production au Nigeria, au Congo et au Liberia. Shell est revenu en Angola après vingt ans d’absence. Chevron a fait son entrée dans le bassin MSGBC en acquérant des blocs au large de la Guinée-Bissau. « Cela vient compléter un portefeuille déjà solide que nous avons le long de la côte ouest-africaine, une zone extrêmement prolifique », explique Liz Schwarze, vice-présidente de l’exploration chez Chevron.
Les réformes nationales ont été un catalyseur décisif. L’Angola, qui s’est retiré de l’OPEP pour s’affranchir des quotas, a assoupli son cadre fiscal pour les blocs matures. Le Nigeria a introduit de nouvelles incitations et lancé un appel d’offres pour 50 blocs en 2025. Ces ajustements visent explicitement à contrer la concurrence d’autres provinces pétrolières et à attirer les investissements à haut risque.
Malgré l’optimisme, les défis persistent. L’offshore namibien, à la frontière maritime de la zone, concentre des ressources colossales, avec le projet Venus de TotalEnergies et le champ Mopane. Toutefois, la complexité géologique et les coûts ont déjà conduit à des dépréciations d’actifs, comme les 400 millions de dollars enregistrés par Shell en Namibie. La rentabilité à long terme de ces nouveaux gisements, ainsi que leur alignement avec les impératifs de transition énergétique, constituent les principales incertitudes pesant sur ce retour en force du Golfe de Guinée.



