Le Secrétaire général adjoint de l’ONU aux opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, entame ce lundi 9 février 2026 une visite de deux jours en République démocratique du Congo. Cette mission, officiellement de routine, se déroule dans un contexte d’extrême tension, où un cessez-le-feu fragile dans l’Est côtoie une impasse politique totale à Kinshasa. Son agenda prévoit des rencontres avec l’ensemble des acteurs congolais avant un déplacement dans les zones de conflit.
Le cœur de cette mission réside dans la tentative de donner corps au mécanisme de vérification du cessez-le-feu, dont la Mission des Nations unies pour la stabilisation en RDC (Monusco) est désormais officiellement chargée. Cependant, cette responsabilité se heurte à une réalité brutale : les combats et les violences se poursuivent dans l’Est, et les rebelles de l’AFC/M23, soutenus par le Rwanda selon l’ONU et Kinshasa, maintiennent leurs positions. Par ailleurs, la capacité d’observation de l’ONU est affaiblie par le retrait contraint des Casques bleus du Sud-Kivu en 2024.
Cette visite s’inscrit dans une séquence d’initiatives diplomatiques toutes aussi vaines les unes que les autres. Malgré la signature d’une déclaration de principes à Doha entre le gouvernement et le M23, et d’un accord « pour la paix et la prospérité » entre la RDC et le Rwanda à Washington en décembre dernier, la guerre n’a pas cessé. Elle s’est même complexifiée avec la résurgence des attaques des ADF, affiliées à l’État islamique, dans la région de Béni, faisant des dizaines de victimes civiles depuis janvier.
Les perspectives à court terme sont sombres. La mission de Lacroix intervient au moment où l’Afrique du Sud, contributeur majeur, annonce le retrait de ses troupes de la Monusco, affaiblissant un peu plus la force onusienne. À Kinshasa, le dialogue national inclusif, évoqué par le président Félix Tshisekedi, est déjà dans l’impasse, ses conditions préalables ayant été rejetées par l’opposition. L’ONU se retrouve ainsi coincée entre un processus politique bloqué et une mission de paix aux moyens réduits et à l’efficacité contestée.
La deuxième étape du déplacement à Béni, devenue le centre opérationnel de la Monusco dans l’Est, illustre l’enchevêtrement des crises. Cette zone, épargnée par le M23, est le théâtre d’une autre guerre contre les ADF. La présence conjointe des armées congolaise, ougandaise et des Casques bleus n’y empêche pas les massacres de civils, remettant en cause l’efficacité globale de la réponse sécuritaire.
Enfin, les rencontres de Jean-Pierre Lacroix avec la société civile et les confessions religieuses, notamment la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), révèlent un autre front. Ces acteurs, qui proposent une médiation, représentent une voix critique et un contre-pouvoir face à une classe politique perçue comme défaillante. Leur rôle pourrait s’avérer déterminant pour sortir de l’ornière, alors que la confiance de la population envers les institutions et la communauté internationale est au plus bas.
Au total, cette mission expose les limites structurelles de l’engagement international en RDC. Elle démontre qu’en l’absence d’une volonté politique ferme et unifiée à Kinshasa, et sans une pression réelle sur les soutiens extérieurs des groupes armés, les mécanismes techniques de paix et les visites de haut niveau restent des exercices largement cosmétiques face à une tragédie qui perdure.



