Albert Pahimi Padacké, une figure majeure de l’opposition tchadienne, a été élu par consensus président du Cadre permanent de dialogue politique (CPDP). Son mandat à la tête de cette instance de concertation, d’une durée d’un an, a été acté lors de la première plénière officielle tenue mardi dernier, après son installation formelle la semaine précédente.
L’assemblée plénière a constitué un bureau exécutif de dix membres pour piloter l’organe. La décision de confier sa présidence initiale à l’opposition, obtenue sans vote, marque une étape symbolique. Padacké, chef de file de son parti, sera secondé dans ses fonctions par Aziz Mahamat Saleh, issu de la mouvance présidentielle. Deux comités ont parallèlement été créés, l’un chargé de rédiger le règlement intérieur, l’autre d’élaborer le budget de fonctionnement de la structure.
Ce dispositif s’inscrit dans une séquence politique encore marquée par la transition militaire ouverte en 2021 après la mort du président Idriss Déby Itno. Le CPDP, officialisé en juin 2025, est présenté par les autorités de transition comme un mécanisme destiné à apaiser le climat politique et à encadrer les discussions entre le pouvoir et les partis, dans la perspective d’élections. Sa composition paritaire, avec quinze membres de la majorité présidentielle et quinze de « l’opposition démocratique », vise à établir un équilibre formel, bien que son pouvoir de décision contraignant reste à définir.
Les perspectives immédiates du CPDP reposent sur sa capacité à produire des consensus opérationnels. La définition de son règlement intérieur et de son budget constituera un premier test concret de son fonctionnement. L’enjeu sous-jacent sera de voir si cette plateforme peut évoluer au-delà d’un rôle consultatif pour influencer véritablement le calendrier et les règles du retour à un ordre constitutionnel civil, notamment sur des questions sensibles comme la révision des listes électorales ou le code électoral.
L’accession d’Albert Pahimi Padacké à cette présidence est riche de signification. Cet ancien Premier ministre, plusieurs fois candidat à la présidentielle, incarne une opposition institutionnelle expérimentée. Sa désignation peut être interprétée comme une concession tactique du pouvoir pour associer et responsabiliser une frange de l’opposition. Toutefois, l’efficacité du CPDP dépendra aussi de la représentativité réelle de ses membres, limités aux seuls dirigeants de partis « légalement reconnus », ce qui exclut de fait certains courants critiques ou les acteurs de la société civile.
L’analyse de ce début de mandat devra être mesurée à l’aune des actions concrètes. Les observateurs politiques pointent que la crédibilité de telles instances de dialogue au Tchad a souvent été mise à mal par le passé, leurs recommandations restant fréquemment sans suite. Le véritable indicateur de succès ne sera pas l’occupation d’un poste, mais la capacité du CPDP à produire des avancées tangibles sur la voie démocratique, dans un contexte où la défiance entre les parties demeure élevée et où le processus transitionnel suscite encore de vives interrogations.



