L’Union africaine a placé la gestion de l’eau au cœur de sa feuille de route pour 2026, tout en appelant à un sursaut d’unité face aux crises sécuritaires et économiques qui fragmentent le continent. Réuni à Addis-Abeba pour la 48e session ordinaire de son Conseil exécutif, l’organe des ministres des Affaires étrangères des États membres a acté une ambition claire : faire de l’eau un levier de coopération et non un facteur de conflit, tout en accélérant la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Mahmoud Ali Youssouf, le président de la Commission de l’UA, a livré un discours d’ouverture sans fard. Face aux perturbations climatiques qui exacerbent les tensions hydriques, il a insisté sur la nécessité de considérer l’eau comme un bien collectif stratégique, au même titre que la paix ou la sécurité. Il a également rappelé que le continent accuse encore un retard considérable en matière d’accès à l’eau potable et à l’assainissement, un paradoxe dans une région riche en ressources naturelles mais minée par une gouvernance fragmentée et des investissements insuffisants. Le thème retenu pour 2026 ne relève donc pas de la simple déclaration d’intention : il s’agit d’un test de crédibilité pour l’Agenda 2063.
Cette session s’inscrit dans un contexte continental lourd. L’instabilité politique chronique, les changements anticonstitutionnels de gouvernement et la progression des groupes armés dans le Sahel et la Corne de l’Afrique continuent de saper les mécanismes de coopération régionale. Mahmoud Ali Youssouf a d’ailleurs salué le retour à l’ordre constitutionnel en Guinée et au Gabon, mais sans triomphalisme. Ces transitions restent fragiles. Par ailleurs, la ZLECAf, souvent présentée comme le fer de lance de l’intégration économique, peine à traduire ses promesses en résultats concrets sur le terrain, freinée par des infrastructures défaillantes, des barrières non tarifaires persistantes et une implication encore timide du secteur privé.
L’avenir immédiat de l’UA se jouera dans sa capacité à articuler ambitions stratégiques et moyens financiers. Le président de la Commission a plaidé pour des mécanismes de financement innovants, sans en préciser les contours. La question de l’autonomie budgétaire de l’Union reste entière, tout comme celle de l’effectivité de ses réformes institutionnelles, engagées depuis plusieurs années mais inégalement appliquées. Le sommet des chefs d’État prévu mi-février devra trancher sur plusieurs nominations et arbitrages sensibles, alors que le multilatéralisme africain est mis à l’épreuve par des concurrences d’influence croissantes.
Derrière les discours convenus sur l’unité, les lignes de fracture demeurent perceptibles. La présence en bonne place du ministre éthiopien des Affaires étrangères, Gedion Timothewos, rappelle que le pays hôte traverse lui-même une période délicate sur les plans sécuritaire et diplomatique. Quant à la présidence angolaise de l’UA, elle tente d’imposer une diplomatie active, mais bute sur la difficulté récurrente de l’institution à parler d’une seule voix face aux crises. Le vrai enjeu de cette session, en marge des rapports et nominations, est donc celui-ci : l’UA parviendra-t-elle à dépasser le stade des résolutions pour imposer une réelle discipline collective à ses États membres ?



