L’Angola conteste ouvertement la domination du Botswana sur le marché africain du diamant. Tandis que Gaborone réduit volontairement sa production pour faire face à la chute des prix, Luanda annonce une hausse significative de ses volumes d’extraction d’ici 2027. L’écart entre les deux pays s’est déjà considérablement resserré en 2024, et la tendance pourrait s’accentuer dans les trois prochaines années.
La production angolaise a atteint 14,02 millions de carats en 2024, contre 18,12 millions pour le Botswana. Un an plus tôt, l’écart était de plus du double. Gaborone, confronté à une demande atone depuis trois ans et à des stocks qui dépassent les limites autorisées, a sciemment bridé son extraction. À l’inverse, Luanda a activé de nouveaux gisements, dont la mine de Luele, la plus grande du pays, avec des ressources estimées à 628 millions de carats. L’objectif affiché est clair : produire 17 millions de carats en 2027, soit une progression de 12 % par rapport à 2025.
Ce choix stratégique intervient dans un contexte de crise prolongée du marché diamantifère. La demande ralentit, les prix s’effritent et les diamants synthétiques gagnent du terrain. Le Botswana, qui tire un tiers de ses recettes publiques et 75 % de ses revenus en devises des diamants, paie au prix fort sa dépendance. L’Angola, de son côté, voit dans cette conjoncture une opportunité de repositionnement. Moins exposé, le pays cherche à diversifier une économie encore trop tributaire du pétrole, en faisant du diamant un levier de transformation structurelle.
À terme, la compétition pourrait évoluer vers une coopération contrainte. L’Angola et le Botswana convoitent tous deux une participation dans De Beers, mis en vente par Anglo American. Gaborone, déjà actionnaire à 15 %, espère prendre le contrôle du groupe. Luanda, qui a soumis une offre pour une participation majoritaire, défend l’idée d’un consortium africain incluant l’Afrique du Sud et la Namibie. « Prendre une participation majoritaire dans les produits de luxe est très dangereux », a reconnu Paulo Tanganha, haut responsable angolais, plaidant pour une approche collective face aux aléas du marché.
L’Angola ne se contente pas d’extraire davantage. Il mise aussi sur la qualité de ses pierres et sur leur transformation locale. En 2024, avec un volume inférieur à celui du Botswana, la valeur de sa production a dépassé celle de son rival : 1,41 milliard USD contre 1,35 milliard. Le pays prévoit la construction de dizaines d’usines de taille et l’installation d’une bourse du diamant. Une initiative lancée en juin 2025 vise par ailleurs à restaurer l’image du diamant naturel face à la concurrence des pierres synthétiques, en collaboration avec d’autres États africains.
Reste une inconnue de taille : la reprise du marché. Si la demande repart, le Botswana pourrait rapidement creuser de nouveau l’écart. Mais l’Angola joue désormais dans la même cour. Non plus simple producteur émergent, il s’impose comme un acteur structurant de l’industrie. Et pose, à sa manière, les bases d’un nouvel équilibre diamantifère sur le continent.



