L’Éthiopie a lancé un appel retentissant en faveur de la création d’un mécanisme africain de sécurité financière régionale. Face à l’instabilité des financements extérieurs et à la récurrence des chocs économiques mondiaux, Addis-Abeba estime que le continent doit impérativement construire ses propres outils de protection pour garantir sa souveraineté économique. Cette proposition a été formulée lors de la Conférence d’AlUla sur les économies de marché émergentes, en Arabie saoudite.
Le gouverneur de la Banque nationale d’Éthiopie, Eyob Tekaligne, a été le porte-voix de cette critique. Il a dénoncé la dépendance excessive de l’Afrique, prise en étau entre des réserves nationales trop limitées et des mécanismes de soutien d’urgence jugés inadaptés. En condamnant le système actuel de répartition des quotes-parts au Fonds monétaire international (FMI), il a souligné que cette architecture ne reflète ni le poids économique réel du continent ni les progrès accomplis par ses économies les plus dynamiques, à l’instar de l’Éthiopie. Pour lui, la solution réside dans une mutualisation des forces à l’échelle régionale.
L’initiative éthiopienne s’inscrit dans un contexte de frustration grandissante vis-à-vis des institutions de Bretton Woods. De nombreux pays africains estiment que les mécanismes traditionnels, comme les Droits de Tirage Spéciaux (DTS) du FMI, restent difficiles d’accès ou insuffisants face à l’ampleur des besoins de liquidités. La pandémie de Covid-19 et la crise ukrainienne ont brutalement rappelé la vulnérabilité du continent aux décisions prises hors de ses frontières, renforçant la conviction qu’une architecture financière panafricaine est une nécessité stratégique.
Si l’idée d’un filet de sécurité régional fait son chemin, sa concrétisation reste semée d’embûches. Elle impliquerait une harmonisation des politiques monétaires et budgétaires entre des États aux situations économiques très disparates. La question du financement d’un tel mécanisme et de sa gouvernance serait également un point de friction majeur. Les discussions devront trancher entre la création d’un fonds monétaire africain, un projet ancien mais jamais abouti, et le renforcement des capacités de prêt des banques régionales de développement existantes.
La table ronde d’AlUla, qui réunissait des figures telles que la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, ou celle de la Banque mondiale, Anna Bjerde, a offert une caisse de résonance inespérée à ce plaidoyer. En présence des gouverneurs des banques centrales d’Égypte, du Pakistan, du Qatar et d’Arabie saoudite, le message éthiopien visait autant à interpeller les institutions multilatérales qu’à sonder ses pairs du Sud sur leur appétence pour une plus grande autonomie collective. Le défi pour l’Afrique ne sera pas seulement de convaincre de la nécessité de ce bouclier, mais de démontrer sa capacité à le construire et à le gérer sans reproduire les travers des mécanismes qu’elle critique.



