Vendredi 13 février, l’État malien a officialisé par décret le renouvellement pour une décennie du permis d’exploitation de la mine Loulo, l’une des composantes du complexe aurifère Loulo-Gounkoto, propriété du canadien Barrick Gold. Cette décision, très attendue par les opérateurs miniers, marque une étape cruciale dans la normalisation des relations entre Bamako et le groupe nord-américain, après une année 2025 marquée par des tensions et une paralysie partielle du site.
Si ce décret met fin à l’incertitude immédiate pesant sur la licence, arrivée à expiration ce mois-ci après un premier bail accordé en 1996, il ne dissipe pas pour autant tous les nuages juridiques. Le gouvernement affirme avoir agi « conformément aux dispositions du Code minier », mais il reste discret sur les modalités concrètes d’application du nouveau régime de 2023. Or, selon les articles 17 et 218 de ce code, le renouvellement d’un permis implique la renégociation de la convention d’établissement, désormais soumise aux exigences accrues de l’État en matière de participation au capital.
Ce point est loin d’être anecdotique. Le code minier de 2023 permet désormais à l’État malien de monter jusqu’à 30 % du capital d’une mine, voire 35 % en comptant la part réservée aux investisseurs locaux. Jusqu’ici, dans le cadre de l’ancienne convention, Bamako ne détenait que 20 % de Loulo-Gounkoto, contre 80 % pour Barrick. Si ce partage reste valable pour Gounkoto, dont le permis court jusqu’en 2042, la question de la nouvelle répartition pour Loulo demeure en suspens. À titre de comparaison, des actifs comme la mine de Sadiola, opérée par Allied Gold, ont déjà dû se plier à cette nouvelle donne actionnariale.
L’apaisement actuel fait suite à un conflit ouvert qui avait lourdement pénalisé la production en 2025. Pour mettre fin au litige, Barrick a consenti plusieurs gestes forts, dont le versement de 253 millions de dollars au titre d’impayés réclamés par l’administration fiscale malienne et la libération de ses employés précédemment détenus. En retour, le groupe canadien a réintégré Loulo-Gounkoto dans ses prévisions pour 2026, tablant sur une remontée progressive de la production, qui pourrait atteindre 362 500 onces cette année, après un plongeon à seulement 36 200 onces en 2025 contre 723 000 onces l’année précédente.
Pour le Mali, l’enjeu est tout aussi vital. La production industrielle d’or du pays a chuté de 22,9 % en 2025, principalement en raison de l’arrêt de fait de la plus grande mine du territoire. La remise en route de Loulo-Gounkoto est donc essentielle pour renflouer les caisses de l’État et maintenir le rang du Mali parmi les grands producteurs aurifères du continent. Dans un contexte de flambée des cours – l’or a progressé de 64 % en 2025 et affiche une hausse mensuelle de 8 % –, chaque once produite pèse lourd dans la balance économique nationale.
Reste à savoir comment sera tranchée, dans les mois à venir, la question de la nouvelle convention. Si Barrick semble avoir accepté le principe d’un rééquilibrage, l’ampleur de la révision des parts et la prise en compte rétroactive ou non des nouvelles dispositions légales pourraient raviver les crispations. Pour l’heure, les deux parties jouent la carte de l’apaisement, conscientes que la stabilité de cet actif est trop stratégique pour être à nouveau sacrifiée sur l’autel du bras de fer juridique.



